chess men set up on board

Le joueur d’échecs

par Ger Koopman

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Dyhema aimait jouer aux échecs. Il attendait le pasteur. Tous les dimanches soirs, le pasteur venait jouer aux échecs avec le vieux fermier, Noël inclus. Il viendrait ce soir. Oh, oui, Dyhema aimait ce jeu. Il gagnait toujours. Personne au village ne jouait aussi bien que lui. Personne au village n’était aussi riche. C’était le meilleur fermier, le plus riche, et le meilleur joueur d’échecs ; et il était honnête et juste, aussi.

C’était la veille de Noël. Toute la journée, un vent froid avait soufflé et maintenant il commençait à neiger. Des milliers – des millions – de flocons de neige tombaient du ciel et ils recouvraient lentement le petit village où vivait le fermier Dyhema. Ils recouvraient ses champs, déjà labourés pour le semis suivant ; ils recouvraient ses immenses granges, pleines de foin ou de maïs ; ils recouvraient la cour, la grande étable, et la maison.

Le vieux fermier Dyhema regardait la neige tomber. Il était assis dans son fauteuil près de l’âtre ouvert. Il aimait la neige sur ses champs. La récolte de l’année prochaine sera meilleure, pensa-t-il. Il faisait beau et chaud dans la pièce. Sur la table avait été disposé un échiquier. Toutes les pièces s’y tenaient bien à leur place, quatre rangées sur les carrés blancs et noirs de l'échiquier. Dyhema aimait jouer aux échecs. Il attendait le pasteur. Tous les dimanches soirs, le pasteur venait jouer aux échecs avec le vieux fermier, Noël inclus. Il viendrait ce soir. Oh, oui, Dyhema aimait ce jeu. Il gagnait toujours. Personne au village ne jouait aussi bien que lui. Personne au village n’était aussi riche. C’était le meilleur fermier, le plus riche, et le meilleur joueur d’échecs ; et il était honnête et juste, aussi. Il vivait seul avec ses serviteurs. Sa femme était morte des années plus tôt. Mais ce Noël-là, il ne pensait pas à sa femme. Il était toujours seul, et ne pensait qu’à lui-même. Comme la récolte avait été bonne cette année ! Comme il était important dans le village ! Quand il se promenait dans les rues, les hommes se découvraient sur son passage. Quand quelqu’un avait besoin d’aide, il lui apportait la sienne. Quelqu’un avait-il besoin de travail ? Il lui en donnait un. D’argent ? Il lui en prêtait.

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Soudain, la porte s’ouvrit. Un domestique entra. « Il se fait tard, Dyhema. Dois-je garder la tarte de Noël chaude au four ? »

Dyhema regarda l’horloge. « Le pasteur est en retard, répondit-il. Oui, garde la tarte au chaud ».

Le serviteur s’approcha de la porte et dit : « À mon avis, le pasteur ne viendra pas. La neige est très profonde ».

Dyhema avait l’air fâché, mais se contenta de répondre : « Ça ne me dérange pas d’attendre ».

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Lorsque le serviteur fut parti, Dyhema se leva et regarda par la fenêtre. « Mon Dieu, quelle couche de neige, dit-il. Je suis sûr que le pasteur ne viendra pas. La neige est très profonde ». Dyhema regarda l'échiquier, les yeux ardents.

Mais quelqu’un allait effectivement arriver ! L’Enfant Jésus !

Toute la journée, l’Enfant Jésus avait été très occupé. Noël c’est son heure, car alors le cœur des gens s’ouvre, et c’est ce dont l’Enfant Jésus a besoin : des cœurs ouverts. Les gens repensent à leur jeunesse, à la beauté des Noëls à la maison. Ils reviennent sur leur vie et sur la façon dont les choses ont mal tourné. Ils aspirent à changer, à repartir de zéro. Puis l’Enfant Jésus vient.

Toute la journée, l’Enfant Jésus avait été très occupé. Il lui restait encore une chose à faire : aller voir le vieux fermier, Dyhema. Quand Dieu lui avait dit cela, il avait dit : « Mais son cœur n’est pas du tout ouvert ». Dieu avait seulement répondu : « Va, cela fait trop longtemps qu’il est fermé et dur. C’est le bon moment, maintenant ».

L’Enfant Jésus marchait dans la neige et réfléchissait. Que pouvait-il faire ? Mais quand Dieu a dit : « C’est le bon moment », alors c’est le bon moment. Aussitôt, l’Enfant Jésus se retrouva dans la chambre de l’ancien fermier. Personne ne l’avait entendu entrer ; personne ne l’avait vu, mais soudain il était là. « Bonsoir, Dyhema », dit-il, de sa belle voix.

Dyhema écarquillait les yeux, et il n’en croyait pas ses oreilles. « Qui es-tu, petit garçon, et comment es-tu entré ? »

L’Enfant Jésus s’assit sur une chaise, en face de Dyhema, près du feu.

« Je suis l’Enfant Jésus ».

« L'Enfant Jésus ? Eh bien, dites-moi, de quoi avez-vous besoin ? »

« Je veux seulement te parler personnellement »

« Je n’ai rien à dire de spécial. J’ai fait tout ce qu’un homme pouvait faire. J’ai donné 500 florins pour la fête de Noël de l’église ».

« Je sais, dit l’Enfant Jésus, et encore deux cent cinquante florins pour l’école du dimanche ».

« Oui, dit encore le fermier, et cinq cents florins pour les pauvres de la paroisse ; et partout où il y a des malades, j'envoie mes serviteurs pour leur apporter un colis ».

two chess men

« Je sais tout cela », dit l’Enfant Jésus, et il soupira. « Tu es comme un roi sur son trône, qui offre de petits cadeaux à tout son peuple. Pourtant, ces cadeaux ne sont pas grand-chose par rapport aux milliers de florins que tu as gagnés cette année. Et tous ces dons, tu les as offerts non par amour pour les autres, mais seulement par amour pour toi-même, pour te donner le droit de t’asseoir ici, heureux et satisfait de toi-même. Oh, si seulement tu connaissais l’histoire de Noël ! »

« Je la connais, je la connais très bien. Par cœur, même. « Au temps de l’empereur Auguste… »

« Tu vois, tu as tort ! »

« J’ai tort ? » Le fermier Dyhema prit la Bible posée à proximité. « Regarde,  voilà le texte. ‘Au temps de l’empereur Auguste’… »

« C’est faux ! Je connais cette histoire. Je suis l'Enfant Jésus ! Il n’y a pas si longtemps, à l’époque d’Auguste… Cela se produit tous les ans. Quelque part chaque année naît un enfant, pauvre et sans vêtements, qui attend ton aide. Parfois, c’est un enfant malade, ou un pauvre homme, ou une pauvre femme, qui attend ton aide. C’est l’histoire de Noël ».

« Je sais que je suis un pécheur devant Dieu », dit Dyhema. « Tout le monde est pécheur devant Dieu. Mais autant que je l’ai pu, j’ai fait ce que j’ai dû. Je ne peux pas donner tout mon argent, tout de même. C’est n’importe quoi ».

« Je ne demande pas seulement de l’argent. Je demande beaucoup plus que de l’argent. Je demande de l’amour ! Tu as dit que tu faisais tout ce que tu pouvais ? Et ta fille, alors ? »

Le vieux fermier se leva avec colère. « Ma fille est morte. Pour moi, elle est morte ! Si vous étiez vraiment l’Enfant Jésus, vous sauriez qu’il y a dix ans, elle s'est mariée contre ma volonté. Elle a épousé un artiste, un musicien, contre ma volonté. Les enfants doivent obéir à leurs parents. Non, je ne veux pas entendre parler d’elle ».

« Elle est pauvre. Elle a un fils »

« Je sais, je sais. C’est de sa faute. Pas de la mienne ! »

L’Enfant Jésus regarda l’horloge. Sept heures et demie. Et à huit heures – à huit heures – la fille de Dyhema devait venir ici avec son fils. Il était allé la voir chez elle, et lui avait dit de retourner auprès de son père. Il lui avait promis que tout irait bien quand elle serait arrivée. Il ne restait plus qu’une demi-heure, et le cœur du vieux fermier était plus dur que jamais. Mais il n’était pas consterné. Dieu l’avait envoyé. Il sourit même, et dit : « Jouons aux échecs ! »

« Tu sais y jouer ? »

« Un petit peu ».

« Allez, jouons,  c’est bien mieux que toute cette discussion ».

Ils se mirent à jouer. Visiblement, l’Enfant Jésus n’était pas un joueur  chevronné. Au bout de dix minutes, il avait déjà perdu deux tours et un cavalier. Dyhema se frottait les mains. Il gagnerait la partie. C’était certain. Quand l’Enfant Jésus eut perdu près de la moitié de ses pièces, il prit la parole. « Imagine un instant que ta fille vienne te voir pour la veillée de Noël avec ton petit-fils. Accepterais-tu de les recevoir ? »

« Arrêtez ces bêtises. Faites attention à votre jeu. Vous avez presque perdu. Et pourquoi devraient-ils venir ? »

« J’ai presque perdu. Eh bien, peut-être. Mais si je gagnais le match avant 20 h, tu les recevrais ? »

Le vieux fermier éclata de rire. « Volontiers, car je sais bien qu’il vous est impossible de gagner maintenant ».

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L’Enfant Jésus sourit  lui aussi. Il était huit heures moins une. L’Enfant Jésus n’avait plus  qu’un roi, une reine et un fou. Dyhema lui avait pris presque toutes ses pièces. Dyhema regarda l’horloge. « Huit heures ! », s’écria-t-il.

« Huit heures en effet. Et je pense que tu es échec et mat », dit l’Enfant Jésus.

« Échec et mat ? » Dyhema regarda l’échiquier. Ses yeux s’élargirent. « Dites-donc, attendez une minute. Vous avez changé la position de toutes mes pièces. C’est inacceptable ! Mais que s’est-il donc passé ? »

L’Enfant Jésus sourit à nouveau. « C’est ainsi que cela se passe dans la vie », dit-il. Puis son visage se fit très sérieux. « Souvent, les gens pensent qu’ils sont perdus. Ils pensent que rien au monde ne peut les aider. Et puis Dieu regarde et déclare : « C’est l’heure. Et alors, les choses prennent une toute autre tournure. Tout s’éclaire sous une lumière différente, et en même temps, on voit que tout n’est pas perdu, mais que c’est gagné. Souviens-toi de ça, Dyhema ! Tout n’est pas perdu à ses yeux. « Les humbles seront élevés », « les premiers seront les derniers ». Et puis il est parti.

Dyhema se leva. Il s’assit sur sa chaise près du feu. Il ferma les yeux. Il y réfléchirait.

Soudain, il se réveilla. Quelqu’un avait frappé à la porte. Il se frotta les yeux. Je m’étais endormi, pensa-t-il. J’ai fait un rêve merveilleux sur l’Enfant Jésus. Il a regardé la table. L’échiquier était toujours là. Les deux rangées de pièces blanches et les deux rangées de pièces noires se faisaient face, chacune bien à sa place sur les parties opposées de l’échiquier. Oui, c’était un rêve. « Entrez », dit-il. Un domestique entra.

« Dyhema, un petit garçon est à la porte. Il dit... ».

Dyhema se leva, très étonné. « Un petit garçon… avec sa mère ? »

« Non, il est seul. Mais il dit que sa mère a eu un accident. Elle s’est foulé la cheville. Elle attend dans la neige à environ 800 mètres d’ici. Elle a envoyé le petit chercher de l’aide ».

Dyhema éclata de rire. Il ne pouvait imaginer, bien sûr, que c’était sa fille. Alors, il ordonna : « Envoyez des serviteurs avec le cheval et la charrette. Préparez une chambre et amenez-la ici. Faites venir le médecin, et amenez le garçon ici ».

Le serviteur sortit. Un moment plus tard, un garçon d’environ neuf ans fit son entrée. Dyhema se leva. Il était étrangement ému. Le garçon le regarda – oui, il le regarda comme il dut le regarder lui-même il y a très, très longtemps. « Quel est ton nom ? »

« Sigurd », répondit le garçon.

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Dyhema retomba lourdement sur sa chaise. Il ferma les yeux. Sigurd, c’était son nom à lui. Sa fille avait donné son nom à son fils. Mais qu’en est-il de l’Enfant Jésus ? C’était un rêve, bien sûr. Allons, les rêves ne sont que mensonges et absurdités. Mais quand même, ce petit garçon était là. Son petit-fils. Mais il ne recevrait pas sa fille, pas question. Il se leva et alla à la cuisine. Il ne restait qu’une seule domestique âgée. « Où sont les autres ? » demanda-t-il.

« Ils sont tous avec leur famille, bien sûr, et deux d’entre eux sont allé chercher la pauvre femme », a-t-elle dit.

« Je ne veux pas d’elle ici ! Qu’ils l’emmènent ailleurs ! »

« Dyhema ! C’est la veille de Noël ; et tu vas refuser l’hospitalité à une pauvre femme ! Très bien, bravo. Tu es un homme responsable. Moi, je suis trop vieille pour sortir dans la neige. Qui iras leur transmettre ton ordre ? »

« Dès qu’ils seront là, appelle-moi. Mais ne laisse pas cette femme entrer dans ma maison ».

Dyhema retourna au salon. Le garçon était assis près de la cheminée. Quand Dyhema entra, il se leva et, s'approchant de lui, le garçon demanda : « Est-ce toi mon grand-père ? »

« Bien sûr que non », dit Dyhema en colère.

Le garçon prit un air triste. « Alors je me suis trompé de ferme. Tu sais, quand elle est tombée, maman m’a dit, « Cette lumière là-bas, c’est notre ferme. Cours là-bas et demande de l’aide. Mais tant pis. Quand maman viendra ici, elle te dira où elle voulait aller. Elle est née dans ce village, tu sais. Mon grand-père c’est le fermier le plus riche du village. Ma maman m’a dit : « C’est comme un petit roi. Tout le monde lui demande conseil. Il est très intelligent, tu sais ».

Dyhema dit soudain : « Pourquoi viens-tu voir ton grand-père ? »

« Maman a dit que l’Enfant Jésus lui avait dit de se mettre en route. Nous n’y sommes jamais allés. Nous sommes très pauvres, vous savez. Mon père est mort. Nous n’avions pas d’argent, mais maman disait toujours : « Je ne ferai pas le premier pas. Et puis, tout à coup, elle m’a dit que l’Enfant Jésus lui avait dit de partir et venir ici ».

« A-t-elle vu l’Enfant Jésus ? »

« Je ne sais pas. Ensuite, elle a dit que c’était un rêve. Et pendant le voyage, je sentais qu’elle n’avait pas confiance en elle. À un moment, elle m’a dit : « Ne sois pas surpris si nous ne restons qu’un moment ».

Dyhema ne dit rien. Il regardait le feu. Soudain, le garçon vit l’échiquier. Il s’approcha de la table. « Mon grand-père sait jouer aux échecs ! Il gagne toujours, a dit maman ! Tu sais jouer ? Moi oui. Maman dit que je joue si bien parce que je tiens de mon grand-père. On fait une partie ? Tu sais, j’ai faim. Nous n’avons pas dîné ».

Dyhema leva les yeux. « Tu sais vraiment jouer ? Toi, un gamin si jeune ? »

« Je ne suis pas si petit que cela. Et je gagne souvent ».

« Allez, voyons cela », répondit Dyhema.

Il ne fallut pas longtemps à Dyhema pour comprendre que ce garçon savait vraiment bien jouer. Presque sans y réfléchir, il prenait les bonnes décisions. Au bout d’une demi-heure, Dyhema devint agité. Le garçon était en train de le battre ! Vraiment, le petit garçon savait bien mieux jouer que lui. Et ce qui l’énerva le plus, c’est que, pendant que lui-même faisait tout son possible pour gagner, le garçon jouait sans avoir l’air d’y toucher. Si Dyhema bougeait une pièce, après un long moment de réflexion, le garçon jouait immédiatement, et c’était toujours la bonne stratégie. C’est peut-être parce que Dyhema était si irrité qu’il finit par commettre une erreur. Le garçon sourit. « C’est une mauvaise idée », a-t-il dit. « Tu ferais mieux de rejouer ».

« Non, ce que j’ai fait, je l’ai fait ! »

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Le garçon le regarda. Pourquoi ce vieil homme était-il si en colère ? On voyait qu’il ne pouvait s’en empêcher, n’est-ce pas ? Était-ce parce qu’il ne pouvait pas gagner la partie ? Beaucoup de gens se mettent en colère s’ils ne gagnent pas. C’était intéressant. C’est quand on perd qu’on en apprend le plus. Mais c’était un vieil homme. Peut-être…

Soudain, le vieux serviteur entra. « Dyhema, et la tarte de Noël ? Je peux l’apporter maintenant ? »

Dyhema avait l’air très en colère. « Va te faire voir avec ta tarte ! »

Quel dommage, pensa le garçon. Il avait tellement faim. Le vieil homme était pris d’une telle  colère ! Est-ce uniquement parce qu’il perdait ? Soudain, il osa : « Moi, j’aurais bien envie d’avoir de la tarte. Je n’ai pas dîné, tu sais ».

Dyhema répondit seulement : « C’est ton tour de jouer ».

Sigurd soupira. Puis il eut une idée. Il laisserait le vieil homme gagner. Il ferait une erreur. Ce ne sera pas facile, soupira-t-il.  Mais c’est la veillée de Noël, se dit-il, je vais le faire. Et il fit ce qu’il fallait.

Dyhema rit. « Erreur ! Tu vois, je te prends ta reine. Oh, je savais bien que je gagnerais. Jamais encore je n’ai perdu un match ! »

Sigurd rougit. C’était si injuste ! On lui avait toujours dit de ne pas être triste de perdre et de ne pas être fier de gagner. Soudain, il sourit. Si je peux lui remonter le moral, le laisser gagner, pensa-t-il, et il dit : « On ne peut jamais être sûr de qui gagne avant l’échec et mat ».

Dyhema avait toujours les yeux rivés sur lui. Il avait vu les larmes lui emplir les yeux après ce qu’il lui avait dit. Puis il avait vu le changement dans sa physionomie, ce sourire. Et puis les paroles du garçon. C’était comme s’il revoyait l’Enfant Jésus. Il se souvint des paroles de l’Enfant Jésus : « Parfois, on croit que tout est perdu… ». Il se leva et fit les cent  pas dans la pièce. Le garçon le regardait avec surprise. Dyhema vit sa vie – sa longue vie – sous un jour nouveau. Pas d’erreurs ? Ouvert et droit ? Il y avait maldonne, quelque chose clochait. Comment avait-il pu être si aveugle ? Mon cœur est resté froid et impassible, moi qui me croyais toujours un homme si bon, fort de toutes mes bonnes œuvres. Misérable vieil homme que je suis ! Tout cela, il le sentait au plus profond du cœur et il revit son rêve, entendit les paroles de l’Enfant Jésus : « Dieu vient. Il apporte quelque-chose de nouveau dans la vie. L’amour ! » C’est tout ce que j’avais à dire. L’amour !

Dyhema alla voir le garçon. Il lui mit la main sur l’épaule. « Tu as gagné, dit-il, toi et l’Enfant Jésus ».

Le garçon le regarda avec étonnement. « Que voulez-vous dire ? »

Le vieux fermier Dyhema sourit. « Ça n’a pas d'importance, mon fils », répondit-il. « Peu  importe. Mais rappelle-toi ceci : l’Enfant Jésus apporte une vie nouvelle, et pourtant les hommes  se sentaient si désespérés quand est né Jésus. Né dans une étable, pauvre et froide. Tout semblait être complètement perdu à la fin, mon fils. Une croix, ce fut cela la fin. Nous devons nous en souvenir, Sigurd, nous souvenir du moment où Dieu a regardé et a dit : « C’est le moment. Et effectivement, c’était le bon moment ! La croix ne fut pas la fin. Et encore aujourd’hui, l’Enfant Jésus vient encore réchauffer le cœur des hommes ».

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Quelqu’un frappa fort à la porte, qui s’ouvrit. Le vieux serviteur dit : « Dites-moi, Dyhema, où dois-je envoyer cette femme ? Elle est ici maintenant ».

« Amene-la ici, bien sûr ».

« Mais vous m’aviez dit… »

« C’est ma fille ! Tu ne le savais pas ? Amène-la ici tout de suite ! Vite ! Et apporte la tarte de Noël. Vite, c’est le jour de Noël ! »

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