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Préface à Sel et Lumière

par Henry Quinson

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Le 30 juin 1978, ma mère, Françoise Quinson, m’offrit une bible. 

Ecornée, annotée, jaunie par le temps, elle demeure, quarante années plus tard, à mon chevet.   Il m’arrive souvent de revenir à la toute première page où celle qui m’a élevé dans la foi chrétienne a inscrit ce verset du psaume 125 (124 dans la Septante) : 

« Qui s’appuie sur le Seigneur ressemble au Mont Sion : rien ne l’ébranle, il est stable pour toujours. »

En quarante ans – chiffre symbolique d’une très longue durée dans la tradition juive – j’ai assurément connu bien des tempêtes intérieures et extérieures, des changements imprévisibles dans mon environnement, des appels parfois déroutants et décapants.

Né en 1961, je ne pensais pas que j’écrirais cette préface sur un ordinateur pour ensuite l’envoyer par email. 

Je ne pensais pas non plus que je vivrais cinq années dans un monastère cistercien en Savoie après avoir travaillé pour une banque d’affaires.

Je n’aurais jamais envisagé un seul instant me fixer vingt ans à Marseille, où je ne possédais aucune attache. 

J’aurais encore moins imaginé monter les marches du festival de Cannes pour présenter un film – Des hommes et des dieux, Grand prix 2010 – célébrant la vie d’amis moines assassinés en Algérie en 1996.

Toute vie biologique commence par une rencontre. Il en va de même pour la vie spirituelle. 

Derrière cette instabilité apparente – le monde de l’argent, une communauté de priants, la cité HLM Saint Paul, le tournage d’un long métrage, et bien d’autres aventures encore ! – un appui, une ancre, un rocher a toujours fondé mes décisions : Christ Jésus.

Comme en témoigne Eberhard Arnold dans cet ouvrage lumineux,  « le don de soi que suppose le Sermon sur la Montagne ne se présente pas comme une nouvelle mission morale. C’est à Jésus lui-même que nous avons à faire. C’est lui qui nous révèle ce qu’est la lumière intérieure, la clarté de l’œil intérieur, la force de vie de l’arbre qui porte de bons fruits. »

Toute vie biologique commence par une rencontre. Il en va de même pour la vie spirituelle. 

« Vivre le Sermon sur la Montagne », c’est-à-dire les chapitres 5, 6 et 7 de l’évangile selon Matthieu, ne consiste pas tant à lire et comprendre une théorie ou une doctrine mais plutôt à se laisser saisir par l’Esprit qui, seul, peut unir nos cœurs à Celui qui nous parle et nous invite à le suivre pour vivre en communion avec Lui et toutes les créatures aimées de Lui.

Quelle jubilation procure la lecture de ces lignes publiées en Allemagne en 1933, en d’autres temps et d’autres lieux, pourtant si actuelles et universelles :  

Nous devons bien comprendre qu’il ne s’agit pas pour Jésus d’exiger une moralité à haute tension mais de révéler la mesure de la puissance de Dieu dans la vie humaine. Il faut que la vie humaine se donne vraiment à Dieu, que Dieu la pénètre de toute la force de sa lumière, de la force de l’arbre, de l’énergie élémentaire qui seule rend la vie possible, pour que nous puissions connaître la vie nouvelle. C’est ce qui est décisif.

Personnellement, c’est à vingt ans que l’Esprit m’a saisi alors que je me risquais, jeune adulte, à redécouvrir la prière, cette relation vivifiante à la Source de toute vie. « Adieu au bruit et à ce qui frappe la vue, note Eberhard Arnold ! La vie en gestation est une vie cachée. » 

Chacune des œuvres que le Seigneur m’a conduit à réaliser ne sont que des fruits de cette sève vitale : Christ au dedans de nous, lumière et souffle intérieur qui guide nos pas et, ce faisant, éclaire et entraîne celles et ceux que nous croisons sur la route. 

« Qui s’appuie sur le Seigneur ressemble au Mont Sion : rien ne l’ébranle, il est stable pour toujours » : ce verset du psaume cité en introduction pourrait laisser croire en un Dieu immuable, auteur d’un code de bonne conduite gravé dans le marbre imposant une histoire humaine répétitive. 

Mais, la stabilité dont il est question ne produit pas l’immobilisme. Au contraire ! 

« Il s’agit de croissance, s’enthousiasme Eberhard Arnold. Il s’agit de vie. La vie que Dieu donne est comme la lumière qui brille, comme le sel qui purifie, comme la flamme qui éclaire et comme la sève qui monte dans l’arbre. C’est la vie, la vie, la vie ! »

Au terme du film Des hommes et des dieux, retraçant les dernières années de la communauté monastique de Tibhirine, j’invitais le réalisateur Xavier Beauvois à laisser le dernier mot à la nuée qui, providentiellement, fit disparaître moines et ravisseurs dans une douce et profonde blancheur. 

La neige et le brouillard semblaient tout effacer comme si la mort triomphait de la résurrection espérée. Page blanche.

Ce linceul symbolique qui, pudiquement, recouvrait l’horreur d’un enlèvement et d’un assassinat scellait-il pour toujours la disparition d’une communauté chrétienne ?

Non, la page blanche était une invitation lancée aux spectateurs à écrire, par leurs propres vies, la suite de ces existences fraternelles qui avaient d’avance tout donné à Dieu et à leurs voisins algériens. 

« La nature du sel réside dans l’effet qu’il produit, observe Eberhard Arnold. C’est pourquoi le sel n’a pas de sens pour lui-même. » 

De même, un film ou un livre ne sont que vanité s’ils ne fécondent, au temps que Dieu choisit, les cœurs en quête de la vraie vie.

Il s’agit de croissance !

Puisse cet ouvrage, Sel et lumière, nous donner goût à vivre pleinement ! Puisse-t-il éclairer notre chemin et, par rayonnement, les vies de celles et ceux qui nous entourent !

Vivons en communauté le Sermon sur la Montagne, vivons le bonheur profond « donné aux cœurs ouverts », loin des bruits de bottes et des séductions de Mammon ! 

Car, « il n’y a rien de plus grand que l’amour. Il n’y a rien de plus vrai que l’amour, rien de plus réel que l’amour. Consacrons donc notre vie à l’amour ! »

 « Qui s’appuie sur l’Amour ressemble au Mont Sion : rien ne l’ébranle, il est stable pour toujours. »

Henry Quinson

Marseille, le 19 septembre 2017

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