Il y a des plantes dont les feuilles et les fleurs se replient sur elles-mêmes quand le soleil se couche et qui se déploient à nouveau le matin suivant, aussitôt qu'elles sentent la douce caresse de ses rayons. De cette manière, elles absorbent la chaleur et la vie du soleil, si nécessaires à leur croissance et à leur existence. De même dans la prière, nos cœurs s'ouvrent au soleil de justice; en même temps, nous nous mettons à l'abri des dangers de l'obscurité et nous pouvons croître jusqu'à la mesure de la stature parfaite de Christ.

Par la prière, nous ne pouvons changer les plans de Dieu comme quelques-uns semblent le croire, mais l'homme qui prie subit lui-même un changement. Notre âme, dont les aptitudes sont imparfaites, dans une vie aussi imparfaite que la nôtre, tend ainsi chaque jour à la perfection. L'oiseau couve ses œufs, qui ne renferment tout d'abord qu'une sorte de liquide où l'on ne saurait distinguer quelque forme que ce soit. Mais dans la mesure où la mère continue à couver, cette matière inconsistante prend peu à peu la forme de la mère. Le changement s'est opéré non pas dans la mère, mais dans les œufs. De même, quand nous prions, ce n'est pas Dieu qui change, mais c'est nous qui sommes transformés a son image glorieuse et à sa ressemblance.

La vapeur, produite par la chaleur du soleil, s'élève au-dessus de la terre. Défiant, pour ainsi dire, la loi de la pesanteur, elle monte dans les airs pour en retomber plus tard et donner à la terre sa fécondité. De même, nos prières sincères, embrasées par le feu du Saint Esprit, s'élèvent à Dieu, après avoir remporté la victoire sur le péché, et redescendent sur la terre chargées des bénédictions divines.

Les cténophores ou anémones de mer sont d'une délicatesse telle que l'écume d'une vague les briserait en morceaux. Chaque fois qu'il y a le moindre indice de l'approche d'une tempête, ils descendent dans les profondeurs de la mer, hors d'atteinte de l'ouragan et à l'abri du remous des vagues. C'est ainsi qu'agit l'homme de prière lorsqu'il pressent les attaques de Satan et les coups de la tempête dans ce monde de péché et de souffrance; il plonge immédiatement dans l'océan de l'amour de Dieu, où règnent une paix et un calme éternels.

Un philosophe s'en alla trouver un mystique. Ils restèrent assis en silence l'un à côté de l'autre pendant un moment. Comme le philosophe se levait pour partir, le mystique lui dit : « je ressens tout ce que vous pensez ». Mais le philosophe répondit : « Pour moi, je ne puis pas même penser tout ce que vous ressentez ». Il est évident que la sagesse terrestre est incapable de sentir et de comprendre les choses invisibles dans leur réalité. Ceux-là seuls qui vivent en communion avec Dieu par la prière peuvent vraiment le connaître dans sa réalité.

La paix merveilleuse qu'éprouve l'homme de prière, pendant qu'il prie, n'est pas le produit de sa propre imagination ou de sa réflexion, mais elle est le fruit de la présence de Dieu dans l'âme. La vapeur qui monte d'un étang ne peut pas former de grands nuages et retomber en pluie. Pour produire des nuages gonflés de pluie qui désaltèrent la terre desséchée et la fertilisent, il faut toute la puissance de l'océan. Ce n'est pas de notre subconscient que nous vient la paix, mais de l'océan sans bornes de l'amour de Dieu, avec lequel nous entrons en contact par la prière.

Le soleil brille toujours au zénith. L'alternance du jour et de la nuit et le changement des saisons ne sont pas dus au soleil, mais à la rotation de la terre. De même le Soleil de justice est « le même hier et aujourd'hui, et le sera éternellement». (Héb. 13 : 8). Que nous débordions de joie ou que nous soyons plongés dans les ténèbres, cela dépend de notre position à son égard. Si nous ouvrons nos cœurs à son action dans la méditation et la prière, les rayons du Soleil de justice guériront les plaies de nos péchés et nous rendront une santé parfaite. (Mal. 4 : 2).

Les lois de la nature sont les moyens choisis par Dieu pour agir sur l'homme et sur les autres créatures en vue de leur progrès et de leur vrai bien. Les miracles ne sont pas en contradiction avec les lois de la nature. Il y a des lois de la nature qui sont si hautes qu'elles échappent ordinairement à notre entendement. Les miracles dépendent de ces lois supérieures. Par la prière, nous arrivons progressivement à savoir quelque chose de ces lois supérieures.

Le miracle des miracles c'est la paix et la joie qui font déborder nos âmes ; cette paix peut nous paraître impossible dans un monde de douleur et de péché. Mais l'impossible devient possible. Les pommiers ne prospèrent pas sous les tropiques, ni les manguiers dans les contrées neigeuses. Si jamais ce phénomène se produisait, nous le taxerions de miracle. Cependant, les plantes tropicales peuvent croître dans les pays froids, si on les place dans des conditions appropriées.

Si tous les hommes avaient un esprit réceptif et une oreille attentive, et s'ils pouvaient percevoir la voix de Dieu qui leur parle, il n'y aurait pas besoin d'évangélistes ou de prophètes pour leur annoncer la volonté de Dieu. Mais tous ne sont pas attentifs à sa voix, d'où la nécessité d'envoyer des messagers de la Parole. Parfois, cependant, la prière est plus efficace que la prédication. Un homme priant avec ferveur dans une caverne peut apporter un puissant secours à d'autres hommes par sa prière. Il émane de lui des influences qui se répandent dans toutes les directions, agissantes quoique silencieuses, tout comme les dépêches de la T. S. F. qui sont transmises par des moyens invisibles, ou comme les paroles que nous prononçons et qui frappent les oreilles des autres, grâce à de mystérieuses vibrations de l'air.

Il arrive parfois qu'on trouve des arbres pleins de sève dans un terrain où il ne pleut presque jamais. En les examinant de près, on découvre que s'ils sont couverts de fraîche verdure et chargés de fruits, c'est que leurs racines plongent dans le sol jusqu'à des nappes d'eau souterraines. Nous nous étonnons parfois de voir des hommes de prière, remplis de paix, rayonnant de joie et portant des fruits abondants au milieu d'un monde de misère et de péché. C'est que par la prière les racines cachées de leur foi plongent jusqu'à la source d'eau vive et en tirent l'énergie et la vie, portant du fruit jusque dans la vie éternelle. (Ps. I : 2 et 3)

L'extrémité des racines des arbres est si sensible que, comme par instinct, elles se détournent des endroits où elles ne trouvent aucune nourriture et s'allongent du côté où elles rencontrent de la sève et de la vie. Les hommes de prière possèdent eux aussi ce sens de discernement. Par une intuition certaine, ils se détournent de la fraude et de l'illusion et trouvent la réalité dont dépend la vie.

Les hommes qui ne connaissent pas le tête-à-tête avec Dieu dans la prière ne sont pas dignes d'être appelés des hommes. Ils sont semblables à des bêtes bien dressées qui font certaines choses, d'une certaine manière, à de certains moments.

Parfois ils sont même pires que des brutes, car ils ne réalisent ni leur propre néant, ni le lien qui les rattache à Dieu, ni leurs devoirs envers Dieu et envers leurs semblables. Mais les hommes de prière acquièrent le droit de devenir enfants de Dieu ; ils sont façonnés par Dieu à son image et à sa ressemblance.


Extrait de religion et réalité: Brèves méditations sur Dieu, l'homme et la nature, Le Secrétariat de la Mission Suisse aux Indes, Lausanne, 1926