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Henri Roser

Henri Roser
Henri Roser (1899-1981) est né à Pantin, dans la banlieue Est de Paris le 11 février 1899, troisième enfant d’une famille qui en comptera huit. Son père est pasteur de l’Église luthérienne et, comme lui, il se prénomme Henri. Sa mère, née Clémence Ellenberger, est fille de missionnaire. (...) Par son père, il est l’un des descendants du pasteur alsacien Jean-Frédéric Oberlin. (...) Henri Roser se marie en 1925 avec Claire Seitz, fille d’un pro-fesseur d’histoire de Genève et petite-fille de pasteur.[1]  Voir la biographie complète

Objecteur de conscience

Henri Roser a dix-neuf ans lorsqu’en avril 1918, il est incorporé dans l’armée pour rejoindre le front. Il achève son service militaire en mars 1921 avec le grade de sous-lieutenant de réserve. Il entreprend alors des études de théologie dans le but de devenir pasteur-missionnaire. En janvier 1923, tandis que l’armée française occupe la Ruhr, il prend la décision de renvoyer ses papiers militaires. Et il le fait très clairement au nom de l’Évangile pour s’opposer à l’engrenage de la violence, estimant que la préparation et la participation à la guerre sont en opposition radicale avec la prédication du Sermon sur la Montagne.

Révoqué de sa charge d’officier, et s’étant déclaré objecteur de conscience, sa décision est considérée par l’Église de son temps comme contraire au service de la patrie. Il est mis dans l’obligation de renoncer à son projet de devenir missionnaire. Ce ne sera d’ailleurs qu’en 1945 qu’il sera autorisé par l’Église à recevoir la consécration pastorale.

Mouvement International de la Réconciliation (MIR)

Dans l’intervalle, ses engagements vont être multiples : sa tâche de cofondateur de la branche française du Mouvement International de la Réconciliation (MIR), son implantation dans une banlieue parisienne pour y être évangéliste auprès d’hommes et de femmes particulièrement défavorisés, et souvent aux prises avec l’alcool. Cette action est telle qu’il crée un poste d’évangélisation à Aubervilliers en 1929.

C’est aussi le temps où, après s’être marié en 1925, il devient tour à tour secrétaire du MIR pour la France, puis pour l’Europe. Ce qui va l’amener d’ailleurs — et sans jamais le couper de son ministère d’évangéliste — à multiplier le nombre de ses voyages au cours desquels il participe aux conférences internationales du MIR ou encore à des rencontres diverses (communautés, personnages exerçant des responsabilités officielles). À ce titre, il intervient comme messager de la paix et porteur de « la parole de la réconciliation » (2 Corinthiens 5.18). Ce sera l’Espagne, l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne (d’où il est expulsé après un séjour en prison en 1933), en définitive, partout où surgissent des conflits et des drames nationaux.

Seconde Guerre mondiale

Sa position contre la guerre, en 1939, est sans ambiguïté lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale. Condamné à quatre ans de prison pour refus d’obéissance et insoumission, il n’en sortira qu’au moment de la défaite de 1940.

Les années de guerre qui contraignent le MIR au silence n’affectent en rien la détermination d’Henri Roser. Ses interventions généralement clandestines sont diverses et multiples : le sauvetage d’enfants juifs qui lui vaudra en 1976 la remise de la Médaille des Justes de Yad Vashem ; ses relations avec tel ou tel émissaire du gouvernement du général de Gaulle à Alger. Mais il convient aussi de noter combien l’impact de la fonction pastorale d’Henri Roser, ainsi que ses écrits, incite assez radicalement l’Église réformée à modifier son attitude par rapport aux positions qu’il défend depuis tant d’années en faveur de l’objection de conscience. Un combat sans merci qu’il a livré avant la guerre et qu’il va poursuivre jusqu’à ce que paraisse le décret de 1963 portant sur le statut des objecteurs de conscience.

Il importe également de rappeler l’effet que produit dans l’immédiat après-guerre le rôle qu’Henri Roser tient au sein du protestantisme français — et bien au-delà dans le monde non chrétien — en tant que prédicateur et que conférencier. En tout domaine, il est résolument attaché à sa mission de témoin de l’Évangile.

Président de la branche française du Mouvement International de la Réconciliation et du Service civil international, il le sera aussi au sein de la Croix-Bleue où il manifeste une compétence reconnue de tous dans le cadre de l’accueil et de l’accompagnement des personnes alcooliques. Il fut également directeur de la Mission populaire évangélique.

Influences sur sa pensée

Henri Roser a été assurément marqué dès 1923-1924 par la détermination et par l’action des délégués aux conférences internationales qu’il a pu rencontrer, et parmi eux, les membres fondateurs du Mouvement international de la Réconciliation (MIR) : Kees et Betty Boeke, T. Hodgkin, Mathilde Wrede, Sigmund Schulze, Pierre Cérésole. Mais il a eu également comme maîtres le professeur Leonhard Ragaz et le pasteur Henri Nick, sans parler de l’influence qu’ont pu exercer sur lui Jean-Christophe Blumhardt et son fils Christophe Blumhardt[2]. Une riche expérience qu’il a ensuite partagée avec ses compagnons des débuts de la branche française : les pasteurs André Trocmé, Jacques Martin et Édouard Theis notamment.

Homme au charisme prophétique

Henri Roser, qui s’éteindra le 6 janvier 1981, a laissé le souvenir impérissable d’un homme au charisme prophétique in-défectible, dénonçant, ici, avec une grande fermeté, les injustices, les abus de pouvoir, les décisions arbitraires des gouvernants, quel que soit leur bord, agissant, là, en faveur des « grandes causes » qu’il estimait justes.

Porté par l’ardente conviction que seule la non-violence évangélique active était l’unique socle d’une vie harmonieuse en société, Henri Roser a montré la voie à des générations d’hommes et de femmes soucieux d’en rendre compte et de dresser ainsi dans le monde des signes du Royaume qui vient. Ces signes qui attestent qu’en Jésus-Christ, mort et ressuscité, toute fatalité a été vaincue, ici et maintenant.

Pierre Kneubühler


[1] Henri Roser — L’enjeu d’une terre nouvelle, extrait des pp. 19 et 32.

[2] Voir Scherding (Pierre). Christophe Blumhardt et son père, essai sur un mouvement de réalisme chrétien, F. Alcan, 1937.