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J. Heinrich Arnold (1913–1982)

J. Heinrich Arnold
Quand Johann Heinrich Arnold (1913-1982) avait six ans, ses parents, Eberhard et Emmy, ont quitté leur maison bourgeoise à Berlin pour vivre à Sannerz, un village dans le centre de l'Allemagne. Là, avec un petit cercle d'amis, ils se mirent à vivre en communauté de biens, fondée sur les Actes des Apôtres, chapitres 2 et 4 et le Sermon sur la montagne. C'était une époque de grands bouleversements. La même inquiétude d'après-guerre qui poussa son père, un éditeur bien connu, théologien et orateur public, à cet acte de foi, conduit des milliers d'autres à se soulever contre les conventions sociales rigides et religieuses de l'époque et de chercher des nouvelles modes de vivre. Ce furent des années de formation d'Arnold, et le flot continu de jeunes anarchistes et des clochards, des enseignants, des artisans, et les libres penseurs qui passèrent par la petite communauté l'influença profondément. Tous avaient abandonné l'hypocrisie d'une chrétienté qui était dépourvue de sens, et beaucoup se sentaient attirées par la vie de dévouement et de joie qu'ils trouvèrent à Sannerz.   Voir la biographie complète

Arnold lui-même avait senti l'appel de suivre le Christ depuis l'âge de onze ans. Plus tard, comme un jeune homme, il s'engagea à vie dans les communautés Bruderhof, ou « lieu des frères ». En 1938, il fut choisi comme « serviteur de la Parole » (pasteur), et de 1962 jusqu'à sa mort, il servit comme évêque au mouvement Bruderhof.

L'ouaille sous la protection d'Arnold n'était pas ce qu'on pourrait appeler une église typique, et il était loin d'être un pasteur dans le sens conventionnel du terme. Il n'avait pas une personnalité charismatique, et il n'avait reçu aucune formation formelle théologique. Il était un vrai Seelsorger, ou « guide spirituel » qui s'intéressait énormément du bien-être spirituel et temporel des communautés qui lui furent confiées. Et il servit ses frères et sœurs, en premier lieu comme un égal qui partagea leur vie quotidienne dans le travail et aux loisirs, aux repas communautaires, aux réunions d'affaires et aux cultes.

Arnold fut appelé à aborder tous les aspects de la vie spirituelle, personnelle et communautaire. Mais il y a un fil visible qui traverse tout ce qu'il écrivit : le Christ et sa croix comme le centre de l'univers. Encore et encore, il insiste sur le fait que, sans une rencontre personnelle avec le Christ – sans être confronté par son message de repentance et d'amour – une foi chrétienne vivante n'est pas possible.

Ayant sa vie centrée sur Christ donnait à Arnold un courage hors du commun pour affronter le péché. Il ne pouvait tolérer l'indifférence aux exigences de l'Evangile. Mais tout comme il combattait le mal dans les autres, il le combattait en lui-même, et la lutte ne fut jamais contre une personne, mais contre le péché. Des fois, ceci lui valut les critiques d'être trop « émotionnel », mais comme il demanda lui-même une fois : comment peut celui qui aime le Christ être froidement détaché quand l'honneur de l'Eglise est en jeu?

Ce fut, aussi, ce qui lui permettait parfois de faire un appel si énergique à la repentance : « Sommes-nous prêts à laisser la parole du Christ nous percer profondément, ou allons-nous continuellement nous protéger et nous endurcir contre elle ? Nous ne réalisons guère combien de fois nous sommes des obstacles dans la voie de Dieu. Mais nous pouvons lui demander de nous percer avec sa Parole, même si ça fait mal ». Avec la même vigueur et insistance qu'il fit appel à la repentance, cependant, il s'efforçait aussi de montrer de la compassion et du pardon. S'il y a quelqu'un qui prit au sérieux l'injonction de Jésus à pardonner afin que nous puissions être pardonnés, et de pardonner soixante-dix fois sept fois, c'était lui.

Comme évêque des communautés Bruderhof, Arnold passa de nombreuses heures à lire, relire, et méditer sur le contenu d'un flux quotidien de lettres. Ses réponses illustrent l'humilité avec laquelle il répondait. Quand il posa une question, il conseillait, réconfortait, admonestait, et même fortement censurait, mais il ne critiqua ni dénigra jamais ceux qui tournaient vers lui. Et si des centaines de personnes se tournèrent vers lui, année après année, il leur indiqua toujours – au-delà de leurs préoccupations à propos de leurs péchés ou leur sainteté personnelle – la voie vers Christ.

Arnold savait bien qu'il n'avait pas toutes les réponses. Souvent, il dit qu'il avait besoin de réfléchir quand il s'agissait d'une affaire en question ou qu'il voulait considérer dans la prière, ou tout simplement se sentait qu'il ne savait pas quoi en faire. Prié d'expliquer un verset difficile, une contradiction apparente, ou la signification d'un passage mystérieux dans la Bible, il pourrait dire : « J'y ai beaucoup réfléchis, mais je ne le comprends pas bien moi-même. Laissons-le à Dieu. Un jour, il nous sera révélé » – et il ne tentait jamais de l'interpréter. Bien qu'ayant une vaste culture littéraire, et une connaissance aussi approfondie de l'Ancien que du Nouveau Testament, c'était un homme de cœur, dont la connaissance était une connaissance de l'âme humaine, et dont la compréhension des voies de Dieu était née de son amour pour Dieu, pour Jésus, et pour l'Eglise.

Plus important encore, Arnold pouvait écouter : il écoutait ses frères et sœurs, il écoutait des amis, des étrangers, ses détracteurs, et surtout il écoutait Dieu : « Je veux seulement entendre dans mon for intérieur la voix de Dieu qui s'exprime par la confrérie. Je veux confesser Jésus dans notre époque. Je veux être pauvre ... spirituellement pauvres. Je veux être obéissant et aller là où l'Église m'envoie, et à faire la volonté de Dieu ».

Il y a de nombreux aspects des écrits d'Arnold que l'on pourrait considérer plus en détail – l'influence prépondérante de son père, Eberhard Arnold ; des pasteurs allemands Johann Christoph et Christoph Friedrich Blumhardt et leur vision du Royaume comme une réalité présente ; ou de Maître Eckhart, dont le mysticisme se reflète dans l'inclination d'Arnold vers l’expérience mystique. Il y a aussi Dietrich von Hildebrand, Friedrich von Gagern, et Charles Baudouin, les livres desquels il lisait et auxquels il faisait souvent référence. Tous ces écrivains donnent au message d'Arnold une largeur de vue qui ne peut pas être ignorée – une vision qui soulève nos yeux de la petitesse de la vie quotidienne pour voir les plus grandes réalités que nous ignorons souvent. Pour utiliser ses propres mots : « Quel grand don serait-il si nous pouvions comprendre un peu la grande vision de Jésus – si nous pouvions voir au-delà de nos petites vies ! Certes, notre point de vue est très limité. Mais nous pouvons au moins lui demander de nous sortir de nos petits mondes et notre égocentrisme, et nous pouvons au moins demander à sentir le défi de la grande moisson qui doit être recueillie – la récolte de toutes les nations et toutes les personnes, y compris les générations à venir. »