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« Mais moi je vous dis… »

par Eberhard Arnold

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Jusqu’à la venue si décisive de Jésus, tout ce que l’être humain pouvait faire de bien pour son Dieu consistait à tenter de satisfaire à des normes morales et d’appliquer des principes éthiques. Il s’agissait de mobiliser toutes ses forces en vue d’un idéal, de s’efforcer d’obéir rigoureusement à des commandements et à des interdits, de tenir péniblement en échec tout ce qui allait à l’encontre de ces normes et de l’éliminer. Il s’agissait même parfois, dans un effort convulsif et extatique, de se renier et de renier la vie en tant que telle et de l’anéantir. On essayait de toutes ses forces d’escalader une montagne pour parvenir à la lumière et à la pureté.

Jésus offre une justice meilleure que tout ce que peuvent produire ces efforts humains. En effet, sa justice est en tout point différente de tout ce que la loi et les prophètes ont pu dire. Bien sûr, la loi et les prophètes contiennent une révélation concernant Dieu et sa volonté. Jésus ne cherche en aucune manière à faire disparaître la clarté de cette révélation ou à l’occulter.

S’opposer à la volonté de Dieu qui s’exprime dans ces commandements et dans ces interdits, mettre en question leur limpidité ou souhaiter leur destruction signifierait s’en prendre au sanctuaire que Dieu a placé dans la conscience des êtres humains. Si l’humanité venait à perdre ce sanctuaire, elle n’aurait plus de refuge, plus rien où se raccrocher lorsque les puissances mensongères des ténèbres, de la haine et de la rapacité la poursuivent pour la livrer, désemparée, à la mort.

En vérité, pas une lettre de ces commandements ni de ces interdits ne doit disparaître avant que l’essentiel, ce qui se cache derrière eux ne se révèle, ne se manifeste, ne s’incarne concrètement dans l’existence. Ces commandements expriment sous forme de loi l’exigence sainte à laquelle nous sommes appelés, la morale sainte à laquelle nous sommes destinés, ce avec quoi l’âme humaine ne saurait transiger. Si on vient grossir les rangs de ceux qui souhaitent voir disparaître ces commandements et en rejettent la validité, on risque d’être bien mal préparé pour le Royaume de Dieu qui vient.

Dieu, tant que Jésus n’avait pas incarné sa parole dans la réalité, a dû, au nom de sa sainteté, faire appel au commandement et à l’interdiction, ces expressions figées de sa volonté. Il lui manquait en effet un être capable de donner une forme plus vivante à cette sainteté, de refléter sa clarté absolue. La pureté de la volonté de Dieu devait recourir aux lettres inscrites sur les tables de la loi, car elle ne disposait d’aucun cœur humain dans lequel elle aurait pu s’exprimer de manière forte et authentique.

Aujourd’hui encore, la loi doit s’appliquer là où la sincérité et la pureté du cœur de Jésus, l’amour qui se donne, inspiré par la générosité de son Esprit, n’ont pas encore occupé le terrain, sinon, tout s’effondrerait. La coercition exercée par l’Etat et l’arsenal juridique de la justice sont des soupapes de sécurité nécessaires pour la marmite infernale que serait une humanité livrée au chaos et au désordre. Sans le bouclier protecteur du pouvoir de l’Etat et les soupapes de sécurité que sont ses lois, tout ce qui sépare et tout ce qui oppose les humains conduirait à l’explosion - de même que la vapeur peut faire exploser une marmite et la réduire à rien. On est dans une situation toute différente lorsque les humains, saisis par l’amour divin, se rapprochent les uns des autres et deviennent les éléments d’une unité mystérieuse, d’un corps mystique réuni par un esprit d’unité. Ils sont alors un seul cœur et une seule âme. Alors, la force et la coercition, la loi et les efforts moraux n’ont plus de raison d’être, et l’Esprit règne, lui que la loi avait manifesté de manière imparfaite. La justice meilleure, toute autre, apportée par Jésus, est une bonté qui vient du cœur, c’est une force de croissance qui vient de Dieu, qui part de l’âme pour revêtir tout l’être humain. C’est la justice d’un avenir de l’humanité libéré des contraintes réciproques, des restrictions et des maux liés à notre système actuel, sous la loi.

Cette justice nouvelle est invincible car elle exprime la bonté de Dieu lui-même. Elle ne peut être affaiblie ou changée. En effet, elle révèle l’énergie de vie qui veut s’épanouir partout, dans tous les domaines de la vie. Cette justice est le Bien en soi, car Dieu est le Bien. Et ce Bien, c’est son amour ; sa justice révèle toute la puissance de son amour. Toute tentative de pratiquer le bien selon des prescriptions, des principes légaux ou des traditions est vouée à l’échec. Car une telle justice ne saurait être source de vie abondante, elle ne peut produire que de pénibles efforts, elle enferme dans un carcan et dans des formes qui n’émanent pas de la profondeur de l’être.

On ne peut fabriquer son être. On ne peut se forcer à aimer.

Les scribes et les pharisiens avaient de solides convictions. Leur comportement était résolu et leur volonté ferme ; ils étaient meilleurs que leur réputation. Ils inspiraient le respect, ils étaient pieux, stricts, conscients de leurs responsabilités morale et religieuse vis à vis de leur peuple. Mais ce qui leur manquait, c’était l’Esprit libre que Dieu insuffle. Ce qu’ils n’avaient pas, c’était le don de la vie divine qui par sa simple présence fait croître et porter du fruit. Ce qui leur manquait, c’était la plénitude de l’Esprit saint ; c’était Dieu lui-même.

On ne peut imiter Dieu. On ne peut remplacer sa puissance par rien au monde. On ne peut fabriquer son être. On ne peut se forcer à aimer. On ne peut pas manufacturer les premières œuvres du premier amour. Aucune réflexion, si intelligente soit-elle, aucune résolution, aucun effort de la volonté ne peut produire la chaleur du cœur qui vient de Dieu. La vie chaleureuse qui jaillit de l’amour de Dieu remplace la morale et les lois. Jésus a dépassé la morale et le moralisme au moyen d’un plus grand Bien, la vie en Dieu. Les lois ne peuvent faire entrevoir celle-ci que d’une manière très approximative. L’amour agissant a pris la place d’une morale sans vie.

Jésus apporte une justice toute autre, il apporte la bonté de Dieu, parce qu’il apporte Dieu lui-même, dans toute sa perfection. Il apporte le Dieu qui ne supporte pas la division, le Dieu vivant qui ne veut que la vie ; le Dieu riche, dont l’être consiste à donner, le Dieu dont la lumière et la chaleur surabondent. Seuls ceux et celles qui s’approchent de ce Dieu connaissent la justice nouvelle. Cette justice du cœur qui bat chaleureusement, contrairement aux tables de la loi faites de pierre, ne peut s’épanouir que là où ce Dieu vit et est à l’œuvre.


Extrait du livre SEL ET LUMIÈRE par Eberhard Arnold. Ce livre paraîtra chez les Editions Plough en 2017.

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Presenté par Eberhard Arnold Eberhard Arnold

Eberhard Arnold (1883-1935), théologien, éducateur et écrivain allemand, fut le fondateur des communautés Bruderhof.

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