Detail from James Tissot,The Sorrowful Mother (Mater Dolorosa)

Terreur à Bruxelles et espérance de Pâques

par Chris Zimmerman

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Par suite des attentats de ce jour à Bruxelles, qui ont fait plus de trente morts et des centaines de blessés, l'Europe se trouve une nouvelle fois en état de choc. Mais pas vraiment étonnée. En fait, pour tous ceux qui y vivent, c'était presque comme si nous nous y attendions, nerveusement, depuis le mois de novembre, quand le même réseau terroriste avait fait cent trente victimes à Paris.

Après tout, le sceptre de la mort rodait depuis des mois au-dessus des grandes gares, des stades, des salles de concert de toute l'Europe. Comme cette angoisse, rendue visible par la présence d'officiers de police ou de soldats silencieux, armés jusqu'aux dents, observant, veillant, au cas où. Ce qui devait être sécurisant ne l'était pas du tout.

On s'est habitué également aux conséquences de la terreur, avec des réactions officielles prononcées comme des sermons. Les chefs de gouvernement expriment avec emphase leurs condoléances, promettent leur solidarité avec le pays qui vient d'être frappé. Des drapeaux sont en berne, les médias spécialistes de l’État islamique se mettent au travail. Par la suite on observera des minutes de silence, on déposera des gerbes.

Ce sont des manières importantes d'exprimer le chagrin éprouvé par les populations. Cependant, quelle est la signification de ces attentats pour moi ? Comment peuvent-ils – devraient-ils – me changer ? Tandis que la presse avide d'audimat attise les flammes d'une angoisse généralisée – recherchant continuellement, dans les semaines qui suivent, les dernières nouvelles à sensation -, que puis-je faire pour restaurer la confiance ? Alors que les peurs populistes se muent en colère et en haine, et qu'une vague de paranoïa risque d'anéantir toute possibilité de discuter, comment puis-je rester attentif, montrer de la compréhension, tout en favorisant un climat de modération et de bon sens ?

Ces attentats ont eu lieu juste avant Pâques. Quand on y songe, il est frappant de constater que Jésus aussi fut la victime innocente d'une terreur à caractère politique. A l'approche d'une mort horrible, il a tout simplement sué, tremblé de peur, comme certainement les victimes de ce jour à Bruxelles. Pire encore, les Évangiles nous apprennent qu'au moment même où il s'effondrait en criant, ses amis ont pris la fuite pour sauver leur vie. Un peu plus tard, pendant qu'on le torturait, ils ont nié le connaître.

Ils sont comme ceux dont la foi a été ébranlée par les attentats de ce jour – ceux qui vont demander avec colère où était Dieu, ou même s'il était là. Pour répondre, certains proposeront ce lieu commun : « Dieu est toujours présent. » D'autres se souviendront que Jésus lui-même s'est senti, au moment de mourir, complètement abandonné, au point d'hurler : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ? »

Heureusement, l'histoire ne s'est pas arrêtée là. Si cela avait été le cas, la Crucifixion n'aurait été qu'une mort inutile de plus, parmi les innombrables que compte l'histoire – et un autre exemple patent de la cruauté de l'Empire romain. Mais il en fut tout différemment.

A ceux qui croient, la terreur qui a régné aujourd'hui à Bruxelles rappelle non seulement que le Christ a souffert sur la croix, mais aussi qu'il est ressuscité des morts – elle nous rappelle la promesse que sa résurrection contient pour toute vie humaine.

Si cela vous paraît facile, laissez-moi vous expliquer. Nul d'entre nous ne peut changer le monde entier, ni même son voisinage. Nous ne pouvons pas non plus mettre un terme à l’État islamique. Mais nous pouvons changer notre environnement immédiat – le monde dans lequel nous travaillons, vivons, jouons – par la manière avec laquelle nous entrons en relation avec ceux qui nous sont les plus proches, les plus chers.

Je ne peux pas empêcher l'Union européenne de s'en mettre plein les poches en vendant des armes à des pays étrangers. Je ne peux pas exercer assez d'influence pour inciter à plus d'humanité quand il s'agit d'accueillir des réfugiés qui fuient leur pays. Mais je peux accueillir l'étranger qui frappe à ma porte, et je peux donner mon deuxième manteau.

En d'autres termes, je n'ai pas le pouvoir de susciter une paix mondiale. Mais je peux essayer de vivre en paix. Il existe certainement d'humbles manières de changer ma propre vie, et ainsi de porter un coup à la peur, à la colère, à la méfiance, en faisant renaître la confiance, le sens de la communauté, et en entretenant l'amour. Ce faisant, je peux espérer que les victimes de Bruxelles ne seront pas mortes pour rien.

Il n'est pas facile de se changer soi-même. Cela exige un virage complet – c'est le sens littéral des mots « repentance » et « conversion ». Mais puisqu'il est impossible de changer le monde, ai-je un autre choix ?

Dans un bref discours prononcé avant sa mort, le 24 mars 1980, l'archevêque salvadorien Oscar Romero – qui fut lui-même une victime innocente de la terreur, assassiné pendant qu'il célébrait la messe – faisait part de ces réflexions à un auditoire qui, comme nous, était sans doute lassé d'une violence absurde, voire même résigné. Prions pour qu'elles puissent porter du fruit en chacun de nous qui les lisons :

« Comme il est facile de dénoncer l'injustice sociale, la violence institutionnalisée, le péché de la société ! Et c'est vrai, ce péché est partout. Mais où sont les racines du péché de la société ? Dans le cœur de chaque être humain. La société actuelle est comme un monde anonyme, au sein duquel nul n'est prêt à reconnaître sa faute, alors qu'en fait chacun est responsable. Nous sommes tous pécheurs. Tous, nous avons contribué au crime généralisé, à la violence dans notre pays. Le salut commence par la personne humaine, par la dignité humaine. Il sauve chaque personne du péché. Voici l'appel de Dieu, tout spécialement en ce temps de carême : Convertissez-vous ! »

James Tissot,The Sorrowful Mother (Mater Dolorosa) James Tissot, Mater Dolorosa
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