Être humain, c'est être aimant

Une visite chez Jean Vanier

par Allen & Marcelle Page

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Le 7 mai, Jean Vanier est décédé à l’âge de 90 ans. Il y a trois ans nous avons pu le visiter à Trosly-Breuil.

L'Arche est devenue synonyme de soins pour les personnes atteintes de déficience mentale, dont plusieurs ont aussi des problèmes physiques. La première communauté de l'Arche a été fondée en 1964 par Jean Vanier dans le petit village de Trosly-Breuil quand il a accueilli deux hommes handicapés.

Aujourd'hui, le mouvement de l'Arche compte des communautés dans le monde entier, mais la communauté originale de Trosly-Breuil, située à environ 90 kilomètres au nord de Paris, est toujours bien vivante et compte environ 200 résidents handicapés, assistants, travailleurs et leurs familles.

Les résidents vivent dans des foyers, ou des maisons, en groupes de dix ou douze personnes, y compris leurs assistants. Ceux qui le peuvent travaillent dans des ateliers rémunérateurs où ils fabriquent un éventail de bougies, de mosaïques, de savons, de céramiques et d'autres objets artisanaux. La communauté s'est également associée à des entreprises qui ont besoin d'effectuer des travaux d'assemblage simples.

Jean Vanier in 2015

Bénédicte, une assistante à la retraite qui sert toujours dans la communauté, a parcouru 13 kilomètres de Trosly-Breuil à Compiègne, où nous vivions, pour nous amener à la communauté pour une visite. Nous sommes arrivés juste à temps pour un délicieux déjeuner dans l'un des foyers pour des résidents gravement handicapés, qui avaient tous besoin d'être nourris par des assistants. Malgré les déversements et les bavardages, l'atmosphère était joyeuse et spontanée, et nous nous sommes vite sentis chez nous avec ces nouveaux amis.

Après le déjeuner, nous avons fait le tour de la communauté, qui est répartie dans tout le village. Il y a cinq foyers, un complexe d'ateliers avec un magasin de vente au détail pour vendre l'artisanat fait par les résidents, des maisons pour les assistants qui ne vivent pas dans les foyers, des maisons pour les assistants retraités qui sont engagés à vie, un complexe de chapelle avec bibliothèque et librairie, et la maison de Jean Vanier qui, à 87 ans, était toujours totalement engagé dans la vie de la communauté. Bien qu'incapable de voyager autant qu'avant, Jean animait toujours des retraites régulières, en tâtant le pouls des communautés de l’Arche de par le monde.

Nous avons eu l'honneur de passer près d'une heure avec lui. Il nous a accueillis à bras ouverts et nous a invités dans son salon, où nous avons vu de nos yeux la preuve graphique de son travail et de son activité en cours : des papiers, des dépliants et des magazines éparpillés autour de son fauteuil. Il s'est excusé en disant : « Désolé, mais je n'ai pas de bureau. » Nous avons été interrompus quatre fois par des appels téléphoniques et des coups à la porte.

Allen Page, Jean Vanier, Marcelle Page

En s'installant dans son fauteuil, il s'est immédiatement lancé dans une série de questions sur nous en tant que couple et sur nos communautés du Bruderhof. Quand il s'est finalement arrêté pour respirer, nous lui avons demandé : « Alors, Jean, quelle est ta vision pour le futur ? »

Il réfléchissait un instant, puis il a dit : « De petits groupes de personnes rayonnent la communauté. Rayonnant la communauté et la paix....et rayonnant la joie ! » Il ajouta : « Surtout pour ceux qui sont humiliés. » Balayant la main en arc de cercle, il ajoutait : « Tu sais, ces gens sont humiliés. Insulté. Légumes. Je n'en veux pas. La communauté est pour eux. »

Poursuivant sa réflexion, il a dit : « Aujourd'hui, nous devons apprendre à rencontrer des gens, en particulier des musulmans. Je ne parle pas de dialogue, je parle de rencontrer des gens, de se lier d'amitié avec eux et de les connaître sans évaluer leurs origines, leur culture ou leur religion. Les musulmans sont... tribaux. Malheureusement, quiconque sort de la tribu risque d'être exclu. » Il a dit que nous avons besoin d'une rencontre non conflictuelle avec les gens pour surmonter les différences qui nous séparent les uns des autres aujourd'hui.

Il a conclu en disant : « Être humain, c'est être aimant. »

Depuis plus de cinquante ans, Jean Vanier établissait la norme pour cet amour.

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