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Le mutisme du pardon

par Alfred Boegner

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  • AHOUANSE GUEGUE Isaac

    Je rends grâce à qui m'a fait découvir cette merveilleuse page. La lecture m'a édifié et j'en veux encore. Merci Seigneur . Que ton nom soit exalté de generation en generation.

  • amar djaroum

    Merci pour votre soutien , semeurs de la bonne nouvelle .Que Dieu vous bénisse davantage dans cette humble mission pour glorifier celui qui nous ouvre ses bras avec tendresse et amour .votre honorable mission à travers le monde justifie votre bonne foi aux yeux de Dieu puissant . (Dites-nous ce que vous pensez?)telle est votre question:je pense que tout grain semé par vous ,Dieu se hâte fièrement et souffle généreusement pour lui donner vie .amen.

Jésus prie d'avance. S'il a pu supporter l'abandon des siens, le reniement de Pierre, la trahison de Judas, les insultes et les crachats des soldats, les blasphèmes et les moqueries du Sanhédrin, les railleries d'Hérode, le scepticisme de Pilate, l'indifférence de la foule;

S'il a pu supporter le fouet, la fatigue, la soif, les coups, la couronne d'épines, les clous de la croix et toutes les autres tortures physiques qui se sont donné rendez-vous pour livrer un assaut terrible contre lui;

S'il a pu surmonter la crainte, l'angoisse, l'indignation qui devaient se succéder dans son cœur;

S'il a pu ne pas céder aux mille tentations qui se présentaient à lui : tentation à la colère, à la révolte, à l'ironie; tentation de protester, de maudire, ou simplement de répondre; tentation d'invoquer Dieu contre les persécuteurs; tentation de quitter d'un seul coup l'état d'abaissement, pour reprendre la puissance qui l'aurait si bien servi contre ces insulteurs et ces lâches; tentation de se désespérer, abandonné comme il l'était par Dieu;

S'il a pu supporter et surmonter tout cela, c'est parce que d'avance il avait prié et vaincu en Gethsémané.

Quelle tempête dans le cœur et l'esprit de Jésus, s'il n'avait été lui ! Quelles horribles tentations auraient assailli une âme moins sainte que la sienne!

N'oublions pas que l'impuissance de Jésus était volontaire; rien ne l'empêchait d'y renoncer...
La plus forte de toutes, j'imagine, est celle qui lui venait de son impuissance. Sentir qu'on est impuissant en face du mal, en face du méchant, cela pousse à tous les crimes. Et n'oublions pas que l'impuissance de Jésus était volontaire; rien ne l'empêchait d'y renoncer, de s'en dépouiller comme d'un honteux vêtement, et de reparaître avec sa force vengeresse pour anéantir tous ses ennemis.

Il n'en a rien fait; il est resté impuissant. Il a accepté et ratifié son propre anéantissement jusqu'à la fin. Il a renoncé non seulement aux vengeances matérielles, mais aux vengeances de la parole, il s'est tu. Il a renoncé même à la résistance passive; il est allé au-devant du mal qu'on voulait lui faire; il a présenté son visage aux crachats, il a avancé son front pour se laisser couronner, d'épines : « Muet comme une brebis devant celui qui la tond. » Telle a été son attitude.

Mais il y a deux mutismes : celui de la rage impuissante, de la fureur encore maîtresse d'elle-même; et puis il y a le mutisme du pardon. Jésus s'est tu pour ne pas aggraver la faute de ceux qui l'outrageaient. Et quand il a rompu le silence, ça été pour demander à Dieu le pardon de ses ennemis, ou pour annoncer le pardon au, meurtrier repentant.

Eh bien ! toutes ces souffrances, elles l'ont atteint pour moi et par moi. C'est moi qui l'ai mis là. Je suis un de ces Juifs qui passent, indifférents, au pied de la croix. Je suis une de ces femmes qui savent bien faire du sentiment sur les souffrances du Fils de l'homme, mais ne savent pas croire en lui. Je suis un de ces disciples renégats.

C'est moi qui l'ai mis là. Car s'il souffre, et s'il meurt, c'est pour expier mon crime. Tout ce qu'il souffre, je l'ai mérité.

Et au lieu de ma peine, voici, je ne trouve en Golgotha que pardon et miséricorde.

​Pardon. Je suis pardonné. Pardonné, et de quels péchés? Des péchés qui ont mis mon Sauveur sur la croix. Mesure ton crime à sa souffrance, et vois de quels abîmes le pardon t'a retiré : vois quelle offense et quelle dette t'a été remise !
Pardon. Je suis pardonné. Pardonné, et de quels péchés? Des péchés qui ont mis mon Sauveur sur la croix. Mesure ton crime à sa souffrance, et vois de quels abîmes le pardon t'a retiré : vois quelle offense et quelle dette t'a été remise !

0 mon Sauveur, puisqu'il en est ainsi je veux marcher sur tes traces. J'accepte ce pardon gratuit et j'en fais l'unique fondement de ma paix.

Et s'il te plaît de m'envoyer quelques souffrances, je ne m'étonnerai pas, je ne murmurerai pas, je me dirai qu'elles sont méritées et qu'elles ne représentent pas le centième de ce qui m'attendait, si tu ne m'avais sauvé. Et si ces souffrances ont quelque analogie avec les tiennes, je me réjouirai de ce que tu me juges digne d'avoir part à tes douleurs.

Et si ces souffrances me viennent des hommes, je m'efforcerai de les supporter comme toi : comme toi, je ne résisterai pas au mal; comme toi, je me tairai; comme toi surtout, je ne laisserai rien se mettre entre Dieu et moi; j'élèverai sans cesse mes yeux et mon cœur vers ta croix,' et j'apprendrai là, j'espère, à aimer comme toi, à souffrir comme toi, à prier comme toi, à pardonner comme toi.

Seulement, donne-moi ton secours! Tu n'as triomphé toi-même que par la prière, je ne vaincrai pas autrement. Tu le sais : je suis faible, et le mal a facilement raison de moi. Mais je compte sur toi ; tu ne m'abandonneras pas, tu seras avec moi dans l'ardeur de la lutte, tu me délivreras et je te glorifierai.


Pensées du matin: fragments tirés des Cahiers de Notes journalières d'Alfred Boegner, Librairie Fischbacher, 1913.

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