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Le premier martyr

par G. Chastand

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La parole de Dieu se propageait de plus en plus, le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem et une grande foule de prêtres obéissaient à la foi.

Etienne, plein de foi et de puissance, accomplissait des prodiges et de grands signes miraculeux parmi le peuple. Quelques membres de la synagogue appelée «synagogue des affranchis», des Cyrénéens, des Alexandrins et des Juifs de Cilicie et d'Asie se mirent à discuter avec lui; mais ils ne pouvaient pas résister à la sagesse et à l'Esprit qui inspiraient ses paroles. Alors ils soudoyèrent des hommes qui dirent: «Nous l'avons entendu proférer des paroles blasphématoires envers Moïse et envers Dieu.»

En entendant ces paroles, ils avaient le cœur plein de rage et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Etienne, rempli du Saint-Esprit, fixa les regards vers le ciel et vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Il dit: «Je vois le ciel ouvert et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu.» Ils poussèrent alors de grands cris en se bouchant les oreilles, se précipitèrent tous ensemble sur lui, le traînèrent à l’extérieur de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul. Ils jetaient des pierres à Etienne qui priait et disait: «Seigneur Jésus, accueille mon esprit!» Puis il se mit à genoux et s'écria d'une voix forte: «Seigneur, ne les charge pas de ce péché!» Après avoir dit cela, il s'endormit. 

—Actes 6.7-11 ; 7.54-60

Le grand miracle de la religion chrétienne est l'accomplissement de cette prophétie: l'Évangile annoncé aux pauvres.

Fidèles à l'exemple du Maître, les premiers chrétiens se préoccupent d'apporter à ceux, dont jusque-là personne n'avait pris soin, le pain du corps et la nourriture de l'âme. Dès lors la double tâche de l'Église consiste 'à répandre l'Évangile et à exercer la charité. S'il est bon de chercher à sauver les âmes qui périssent, il est non moins urgent de porter secours aux corps qui souffrent de la faim. Jésus a évangélisé son peuple, mais il a aussi, pour lui, accompli le miracle de la multiplication des pains. Quand il nous dit que l'homme ne vit pas de pain seulement, il affirme par-là même qu'il ne saurait s'en passer et il nous commande, dans l'oraison dominicale, de le demander chaque jour à Dieu.

Ses serviteurs, en grec diacres, ont donc pour devoir de prêcher l'Évangile et de prendre soin des pauvres, des veuves ou des orphelins. Cette institution des diacres remonte aux premiers jours de l'Église. Elle est bien propre à nous montrer qu'en faisant désigner par l'assemblée entière, pour remplir cette charge, des chrétiens qui ne devaient avoir d'autre qualité que celle que leur donnait le Saint-Esprit, les apôtres voulaient éviter à l'Église du Christ les dangers du cléricalisme, qui tient pour rien les laïques et incarne l'Église dans un clergé. Jésus, comme ses disciples, qui moururent martyrs, fut la victime des prêtres.

Étienne était diacre. Nous ignorons son origine, son éducation, le motif ou la cause de sa conversion à l'Évangile. C'était un de ces hellénistes en séjour à Jérusalem qui furent gagnés de bonne heure à la cause du Crucifié.

Ce n'était ni un apôtre, ni un compagnon d'apôtre, mais un simple laïque, prenant son rôle de témoin au sérieux, puisqu'il mourut martyr. Comme son Maître, il ne trouvait aucune tâche indigne de son zèle ou de sa charité. Sachant que Jésus était venu pour servir et non pour être servi, qu'il avait même poussé l'humilité jusqu'à laver les pieds à ses disciples, il visitait, secourait, consolait et évangélisait les pauvres. Le secret de son apostolat est contenu dans ces mots du récit des Actes des Apôtres : « Il était plein de grâce et de force. » La grâce de Dieu le rendait fort contre le péché, contre lui-même et contre ses ennemis. Il était aussi « plein de foi et du Saint-Esprit ». La foi dans les promesses du Christ et la puissance dont l'avait revêtu le Saint-Esprit lui rendaient toute tâche facile et lui permettaient de tenir tête à ses adversaires et confondre ses accusateurs. Nous avons, en effet, d'Étienne un discours qui est un lumineux –commentaire de l'Ancien Testament et qui nous permet de faire de lui le premier apologète.

Mais les hommes n'aiment pas entendre la vérité. Et quand les juifs comprirent qu'Étienne ne faisait rien moins que dresser contre eux un acte d'accusation, ils cherchèrent à se débarrasser de ce gêneur par les mêmes procédés dont ils s'étaient servis pour obtenir la mort de son Maître.

Comme le sage de l'Ecclésiaste avait raison de dire : « il n'y a rien de nouveau sous le soleil », et comme nous avons le droit d'ajouter que l'histoire est un perpétuel recommencement.

Les adversaires d'Étienne, au lieu de forger contre lui des griefs inédits, se bornent à lui reprocher, comme quelque temps avant ils en avaient accusé Jésus, de vouloir renverser le temple. Ils altèrent même jusqu'à susciter aussi de faux témoins comme ils l'avaient fait pour le Christ au prétoire et l'accusèrent de blasphémer, crime religieux entraînant la lapidation.

Étienne, qui s'était efforcé de reproduire dans sa vie l'image de son Maître, va jusque dans ses souffrances et dans sa mort marcher sur ses traces. Comme le Christ en présence de ses accusateurs il reste calme, impassible et ceux qui le regardent voient son visage devenir « semblable à celui d'un ange ». Quand on le conduit hors de la ville pour le lapider, il ne cherche pas à échapper à ses bourreaux, mais, comme Jésus en croix, il est rempli du Saint-Esprit pour supporter son supplice sans murmurer.

Le disciple, plus favorisé en cela que son Maître, qui au moment de sa mort semble ne plus jouir de sa communion avec son Père et s'écrie : « Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? », Étienne voit le ciel ouvert et Jésus, en qui il avait cru et qu'il avait courageusement confessé, non plus assis, mais debout, à la droite de Dieu. Jésus debout, comme s'il venait de se lever pour lui porter secours dans ses souffrances et l'aider à supporter son martyre. Aussi Étienne en expirant ne trouve-t-il à prononcer que ces paroles : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit et ne leur impute pas ce péché », paroles qui sont bien l'écho de celles proférées par le Sauveur sur la Croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Puis quand Étienne eut dit cela il s'endormit. Christ expira, Étienne s'endormit, comme pour montrer que le disciple fut plus favorisé que le Maître.

Pour le chrétien la mort est, comme elle le fut pour Étienne, un sommeil, puisque nous savons qu'elle sera suivie du réveil à l'heure de la résurrection. Aussi pouvons-nous dire avec le cantique :

Nous mourrons mais pour renaître.
La mort est un doux sommeil,
Bientôt Jésus va paraître,
Ce sera le grand réveil.

Le premier fruit de la mort de Christ fut la conversion du brigand appelé « le bon larron ».

Les prémices du martyre d'Étienne furent la conversion du jeune homme qui « avait approuvé ce meurtre », et qui devint plus tard saint Paul. La mort des chrétiens va devenir la semence de l'Église. A ceux qui demanderaient pourquoi Dieu a permis le martyre d'Étienne, nous pourrons répondre par la conversion de Saul de Tarse. Au pied de la croix de Jésus, le centurion s'écrie : « En vérité, cet homme était le fils de Dieu » ; auprès d'Étienne lapidé, le pharisien Saul, persécuteur de l'Église, peut s'écrier, comme le fera plus tard julien l'Apostat : « Galiléen, tu as vaincu! »


Extrait du livre Portraits évangéliques, Berger-Levrault, 1925

Detail of Cologne Cathedral - Bayern Window - Stoning of Saint Stephen La lapidation de Saint-Etienne (cathédrale de Cologne) Voir l'image complète
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