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La force de la faiblesse

par Johann Christoph Arnold

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  • Ignace Houngbo

    Bonjour! vos messages sont très édifiants. Je vous demanderais de continuer à nourrir le monde de cette manière. Pour la paix , chaque homme en a besoin. Puisse l'Esprit saint vous inspirer à jamais.

  • Bissié Thierry

    je vous salue dans le nom de Jésus Christ! Je suis heureux de vos écrits qui m'édifient beaucoup et qui contribuent considérablement à renforcer ma foi dans ce choix:suivre Jésus pour toujours! La réflexion sur le thème 'La force de la faiblesse' est très enrichie en contenu et en enseignement et nous invite à cet idéal: être humble dans tout ce qu'on fait. Dieu vous bénisse!

J’ai souvent pensé que l’adage paradoxal de Jésus le plus difficile – du moins, au sens de le mettre en pratique – est peut-être le verset dans Matthieu, où Jésus vient de remarquer un enfant. Il se tourne vers ses disciples, et il leur dit que « celui qui se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux » (Matthieu18.4).

Devenir comme un enfant, cela implique d’oublier tout ce que la société nous a appris, à propos de grandir. Cela veut dire surmonter la tentation d’apparaître forts. Cela veut dire, être prêts à souffrir, plutôt que de nous protéger nous-mêmes. Cela signifie : reconnaître nos limites et nos points faibles, et leur faire face, avec humilité.

Le Christ a guéri les malades, nourri la foule, changé l’eau en vin, et marché sur la mer. Tout pouvoir était à ses ordres. Mais lorsqu’Il fut arrêté, amené devant Pilate, raillé, frappé à coups de fouet, et crucifié, il refusa de se défendre. Non plus n’avait-il choisi d’être né dans un palais, mais dans la mangeoire d’une étable.

Le Christ a choisi la « faiblesse » de la soumission, et voilà, peut-être, le secret de sa paix. Dorothy Day écrit :

On nous dit de nous revêtir du Christ, et nous pensons à lui dans sa vie privée, sa vie de travail, sa vie publique, son enseignement, et sa vie de souffrance. Mais nous ne pensons pas suffisamment à sa vie en tant que petit enfant ou bébé. Son impuissance. Sa dépendance des autres. Il nous faut accepter cet état aussi, incapable de faire ou accomplir quoi que ce soit.

Gertrude Wegner, membre du Bruderhof qui avait dans les soixante-dix ans, fut forcée d’accepter cet état quand un accident la paralysa:

J’assistais à une exposition, avec mon mari, à Washington, DC ; je suis tombée, et ma colonne vertébrale a été sérieusement blessée. J’ai su immédiatement que ma condition était critique ; j’avais perdu toute sensation, et j’étais paralysée, du cou jusqu’aux pieds.

Deux opérations m’ont certainement aidée mais les heures de thérapie – deux routines par jour – nécessitaient un travail laborieux, et de la persévérance. C’était épuisant. Et, mon médecin ne savait même pas si j’allais regagner la mobilité... Mon accident m’a enseigné l’humilité, parce que chaque petite chose devait être faite pour moi. De mois en mois, il y avait un peu d’amélioration, mais c’était une lutte pénible. Il y a eu des moments difficiles, mais j’ai appris de même à accepter mon incapacité. J’essayais de me rappeler les paroles de Saint Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12.9).

Il y a eu d’autres luttes personnelles, mais en chacune d’elles mon désir intense de paix, et la conviction que je la retrouverais, m’a toujours accompagnée. Il me semble que si on a, une fois dans sa vie, fait l’expérience de la paix, elle nous revient toujours.

En réfléchissant sur mon passé, je regrette beaucoup certaines choses. De ne pas avoir été une meilleure mère pour mes enfants. De ne pas avoir passé plus de temps avec mon père, alors qu’il mourait du cancer. J’aurais dû montrer plus d’amour à ma mère, surtout à ce moment-là, et la mieux soutenir. J’aurais dû être plus gentille avec autrui... Il y a tant de choses que nous aimerions avoir fait différemment, mais cela ne sert à rien. Tout ce que nous pouvons faire, c’est d’accepter nos limites, et de recommencer à zéro chaque jour.

La paix me vient en espérant pouvoir servir Jésus et mes frères et sœurs, jusqu’à la dernière minute de ma vie, bien que ce soit présomptueux de demander une telle grâce. Plus je vieillis, plus il m’est clair que personne ne « possède » cette paix, entièrement imméritée.

Les pensées de Gertrude touchent à une vérité importante : plus nous avons confiance en nous-mêmes, en notre propre force et en nos capacités, moins nous l’avons en Jésus Christ. Notre faiblesse humaine n’est pas un obstacle pour Dieu. En fait, à moins que nous ne nous en servions comme excuse pour le péché, c’est une bonne chose d’être faible. Mais accepter notre faiblesse est plus qu’admettre nos limites ; c’est éprouver un pouvoir beaucoup plus puissant que le nôtre, et nous y soumettre.

Voici la source de la grâce : le démantèlement de notre pouvoir. Même si quelque peu de pouvoir s’élève en nous, l’Esprit et l’autorité de Dieu se retirent à un degré correspondant. A mon avis, c’est là le seul aperçu important concernant le royaume de Dieu. (Eberhard Arnold)

Kathy Trapnell, autre membre de notre communauté, témoigne de la vérité de ces paroles, dans sa vie et sa recherche :

J’ai été en quête de la paix depuis que j’ai été assez âgée pour ressentir le manque de paix au sein de ma propre famille. Au cours de mes études catholiques (depuis la première année jusqu’à la fin de l’université), je luttai toujours pour avoir la paix dans mon cœur, et dans celui de mes amies. Lorsqu’une bonne petite catholique se rend compte de s’être mal conduite, elle le regrette, et elle se hâte à le confesser. Comme je me souviens bien du bien-être ressenti, après chaque confession ! Même à l’université, une ou deux fois, je me suis confessée publiquement à un Jésuite de ma connaissance, et le sentiment d’être réconciliée avec Dieu était pour moi une source de paix.

Puis vint la rébellion de mes années d’étudiante, mon étape de « hippie », dont j’étais fière, et ma colère contre le statu quo et tout ce que je jugeais y être contre la paix et l’amour. Je pensais travailler pour la cause de la paix – voulant mettre fin à la guerre au Vietnam, avec les manifestations, les chants, la résistance, et ainsi de suite. Je pensais pouvoir donner justice au sort des travailleurs migrants avec le boycottage des raisins, en causant du chaos dans les supermarchés qui les vendaient. Je voulais partager tout ce que je possédais ; je faisais du yoga, mettais mon argent en commun avec des autres, et j’ai appris à me contenter de la vie dans un collectif.

Mais tout cela ne m’a pas apporté la paix. Je sais, maintenant, que mon orientation était vraiment tout à fait fausse. Non pas que le but, en lui-même, était erroné. Mais, j’étais moi-même, mon propre dieu ; j’étais moi-même le critère par lequel je jugeais ma vie et la vie de mon prochain. Enfoncée dans le péché, j’étais sciemment mon propre patron, et je voulais m’efforcer de faire tout moi-même. Ça ne marche pas.

Plus tard, j’ai découvert un esprit de paix complètement différent – la paix d’une foi, qui admet, et fait face à nos faiblesses. C’est une paix qui nous mène vers Jésus Christ et le royaume, le règne futur de la paix. Prenant conscience de cela, je ressentais ma culpabilité ; j’étais consciente de mon égoïsme, et qu’au fond je n’étais pas en paix avec moi-même. Cependant, en cédant ma vie à Dieu – non seulement à son amour, mais aussi à son jugement – et, en me sacrifiant au service de mon prochain, j’ai trouvé maintenant une nouvelle force, et j’éprouve des miracles de paix tous les jours.

Dans notre société, on est conduit loin de cette compréhension de la paix. On nous enseigne de traiter le jugement comme un affront, d’être responsable et de se maîtriser. Nous voulons tous la paix et l’amour ; aucun de nous ne nierait que ce soient de bonnes qualités. Mais nous arrêter pour nous demander si nous les possédons en notre propre cœur, c’est bien différent. Il vaut mieux ne pas en parler.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle, bien que nous soyons nombreux à vouloir la paix, et à la rechercher, nous ne la trouvons pas. Nous sommes trop affectés par notre propre rôle dans cette quête. Il nous manque la simplicité et l’humilité ; au lieu de nous tourner vers Jésus, et de lui prier de nous donner Sa paix, nous nous faisons du souci sur ce que les autres pensent de notre intégrité. Nous oublions que les Béatitudes ne demandent pas des célébrités, des Saints, des personnes qui se font remarquer, mais au contraire, des personnes humbles.

L’écrivain Henri Nouwen, qui abandonna une carrière illustre à Harvard, à Yale, et à Notre Dame, en vue de servir les personnes handicapées, a compris ceci mieux que la plupart d’entre nous :

Nous avons été appelés à être fructueux – non pas à avoir du succès, ou à être productifs, ou accomplis. Le succès a sa source en la force, en la tension et en l’effort humain. L’accomplissement et la réalisation a sa source en la vulnérabilité, et en la reconnaissance de notre propre faiblesse.

J’ai longtemps recherché la sécurité parmi les personnes intellectuelles et intelligentes, à peine conscient de ce que les affaires du royaume sont révélées aux petits enfants, de ce que Dieu a choisi ceux qui, selon la norme humaine, sont les insensés en vue de faire honte aux sages. Cependant, lorsque j’ai éprouvé l’accueil affectueux, sans prétention, de ceux qui n’ont rien de quoi se vanter, et ai expérimenté l’étreinte de personnes qui ne posaient aucune question, j’ai commencé à me rendre compte qu’un retour au « bercail » spirituel signifie un retour aux pauvres d’esprit auxquels le royaume des cieux appartient.

Qu’est-ce qui motive une personne à rechercher une telle pauvreté d’esprit ? Mon Grand-père écrit :

Ceci est alors un conflit entre deux buts opposés. L’un des buts est de rechercher la personne de haute situation, la personne importante, la personne spirituelle, intellectuelle, adroite, la personne bien, la personne, qui, en raison de ses talents naturels, représente un haut sommet, pour ainsi dire, de la chaîne des montagnes de l’humanité. L’autre but est de rechercher les personnes humbles, la minorité, les handicapés mentaux, les prisonniers : les vallées des humbles entre les sommets des grands. Ce sont les dégradés, les esclaves, les exploités, les faibles et les pauvres, les plus pauvres parmi les pauvres. Le premier vise à exalter l’individu, en vertu de ses dons naturels, l’élevant à un niveau quasi-divin. Finalement on en fait un dieu. L’autre but poursuit le miracle et le mystère de « Dieu devenu homme », de Dieu à la recherche de la place la plus humble parmi les hommes.

Deux directions complètement opposées. L’une est l’élan vers la glorification de soi-même, l’autre un mouvement vers le bas afin de devenir plus humain. La première voie est celle de l’amour-propre et l’exaltation de soi ; l’autre est la voie de l’amour de Dieu et l’amour pour son prochain.

Lorsqu’une personne a reçu la paix qui provient d’une vie vécue en cet amour, il n’y a rien auquel elle ne puisse s’affronter. Pensez à Jésus sur la Croix : vulnérabilité ultime, mais aussi l’exemple suprême de la paix de Dieu. Malgré tout ce qu’on lui avait fait, Il ne s’apitoyait aucunement sur son sort. Au contraire Il se tourna vers un des criminels à côté de lui pour le pardonner. Jésus fut capable de prononcer ces paroles : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23.34). Puis, il y a Etienne, le premier martyre chrétien, qui, agenouillé, regarda vers le ciel, la figure radieuse, tandis qu’on lui jetait des pierres pour le tuer. Lui aussi a dit, « Seigneur, ne les charge pas de ce péché ! » (Actes 7.60). Je ne crois pas qu’une telle paix puisse être obtenue par la puissance de l’homme.


Extrait du livre La quête de la paix.

Adapted from “Kriegsversehrter auf dem Gehsteig sitzend spielt Zither,” by Richard Peter, Wikimedia Commons.

Artwork of a man with a cane.
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Presenté par Johann Christoph Arnold Johann Christoph Arnold

Conférencier et auteur réputé sur les thèmes du mariage, de la parentalité, de l’éducation, de la résolution de conflits, et des questions liées à la fin de la vie, Arnold est pasteur au sein des communautés Bruderhof, un mouvement de communautés chrétiennes.

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