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L'unité, une folie ?

par François Caudwell

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Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, et ce temple, c’est vous. Que personne ne s’abuse : si quelqu’un parmi vous se croit sage à la manière de ce monde, qu’il devienne fou pour être sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : Il prend les sages à leur propre ruse, et encore : Le Seigneur connaît les pensées des sages. Il sait qu’elles sont vaines. Ainsi, que personne ne fonde sa fierté sur des hommes, car tout est à vous : Paul, Apollos, ou Céphas, le monde, la vie ou la mort, le présent ou l’avenir, tout est à vous, mais vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu (1 Cor. 3,16-23).

Le temple de Dieu est saint et ce temple, c'est vous (1Co 3,17), écrit l'apôtre Paul. Quel beau compliment ! Pourtant, il ne s'adressait pas à des chrétiens modèles. La communauté de Corinthe était déchirée. Le désordre régnait dans l’Église. Il le rappelle : Il y a des discordes parmi vous ! (1,11) Rivalités et inégalités opposaient riches et pauvres. Et dans une ville de débauche comme Corinthe, les tentations de pécher étaient grandes ; elles n'ont pas épargné certains chrétiens.

Corinthe ne donne pas une vision idyllique de la chrétienté primitive. La communauté de cette ville, aux premiers temps de l’Église, annonce déjà la chrétienté divisée. Aujourd'hui encore, toute assemblée chrétienne peut se sentir concernée par les remarques de l'apôtre. Aucune communauté humaine n'est à l'abri des discordes.

Et pourtant, le temple de Dieu est saint et ce temple, c'est vous (3,17). L'unité fondamentale de l’Église, sa sainteté, lui vient du Christ. Elle ne saurait être brisée. Paul le rappelle avec des mots que reprendra souvent Menno Simons : Quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus Christ. (1Co 3,11) L'unité entre chrétiens trouve son fondement dans leur appartenance commune au Seigneur.

Tout est à vous, écrit Paul, mais vous êtes à Christ et Christ est à Dieu. (v. 22-23) Notre appartenance à l’Église n'est pas d'abord liée à notre choix personnel, mais à celui de Dieu. C'est lui qui, le premier, nous a appelés à la communion avec son Fils Jésus Christ, notre Seigneur (1,9). L'une des plus anciennes affirmations des lettres de Paul le rappelle : Sachant bien, frères aimés de Dieu, qu'il vous a choisis. (1Th 1,4) Le Seigneur nous tient dans sa main. Nous lui appartenons comme son bien le plus précieux. Ainsi parle le Seigneur, le tout-puissant… Oui, quiconque vous touche, touche à la prunelle de mon œil. (Za 2,12)

Le rappel de cette initiative toujours première de l'amour de Dieu devrait nous enlever nos œillères confessionnelles. L'appartenance au Christ n'est pas liée aux apparences, aux étiquettes, aux dénominations, même pas à la piété ou aux bonnes œuvres. Le Christ seul nous remet entre les mains de son Père. Vous êtes à Christ et Christ est à Dieu. (1Co 3,23) Paul rabaisse ainsi l'orgueil des factions qui se sont formées à Corinthe, autour de personnages qu'il apprécie pourtant : Paul, Apollos ou Céphas (v.22). Dieu garde l'initiative de nous garder ; une initiative qui dépasse les partis et va bien au-delà du petit noyau visible de nos Églises.

Tout est à vous… mais vous êtes à Christ Il ne s'agit pas de posséder le monde, mais de se laisser posséder par Dieu. Dieu nous prend pour nous rendre libres, pour nous libérer des influences qui pourraient nous emprisonner. Paul exhorte les Corinthiens à ne pas se laisser manœuvrer, même par de saints hommes. Il existe des influences qui nous rendent esclaves ; elles ont parfois une apparence de beauté, de bonté, d'autorité : Chacun de vous parle ainsi : « Moi j'appartiens à Paul – Moi à Apollos – Moi à Céphas ». (1,12) L'histoire se charge de nous rappeler à quelles abominations peut conduire l'influence perverse d'un seul homme sur des foules fragilisées. Or l'appartenance au Christ rend libre. Elle libère des pressions humaines. Dans certaines circonstances, elle oblige même à la désobéissance.

Appartenir au Christ, c'est entrer avec lui dans la liberté de Dieu. Si vous demeurez dans ma parole, dit Jésus, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité, et la vérité fera de vous des hommes libres. (Jn 8,31) En Christ, nous comprenons que « l'amour est le contenu de la liberté » (N. Berdiaeff). La folie d'un amour qui n'est limité ni par la crainte, ni par la possession, ni par un quelconque pouvoir.

Si quelqu'un parmi vous se croit sage à la manière de ce monde, qu'il devienne fou pour être sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. (1Co 3,18-19) Le premier à avoir pris la liberté de devenir fou, c'est Dieu lui-même. Dieu a commis une folie en se livrant aux mains des hommes pour les sauver. C'est à peine, écrit encore Paul, si quelqu'un voudrait mourir pour un juste ; peut-être pour un homme de bien accepterait-on de mourir. Mais en ceci Dieu prouve son amour – son amour fou ! - envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. (Rm 5,7-8) La mort du Christ est la folie de Dieu, la folie d'un amour qui ne sait que donner : Nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. (1Co 1,23)

Les hommes vendent, achètent, échangent, calculent, rétribuent, vengent… Ils sont prisonniers de leurs craintes : crainte de manquer, crainte d'être diminués, crainte de souffrir, crainte de mourir… Jésus appelle son Église à être dans le monde signe d'autre chose. La folie de Dieu est destinée à imprégner toute sa vie. Le chrétien reçoit la vocation, parce qu'il appartient à Dieu, de devenir fou pour être sage (1Co 3,18). En cela, l’Église peut devenir une parabole du Royaume qui vient, d'un Royaume qui n'est pas de ce monde. La folie de la liberté et de l'amour chrétiens s'exprime tout particulièrement dans le Sermon sur la Montagne : Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux. (Mt 5,44)

L'amour de tous, des ennemis comme des amis, le refus de la violence, le refus de la force du pouvoir, de l'argent, de la possession, sont des signes distinctifs du disciple de Jésus Christ. Ils ont été mis en avant par l'anabaptisme au XVIe siècle. La crainte engendre la haine. Le Christ nous en délivre pour nous rendre capables d'aimer vraiment. Vous êtes au Christ, et à lui seul ! Que l'amour nous habite, puisque nous appartenons à l'amour…

Ne savez-vous pas, écrit Paul, que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? (1Co 3,16) Quand on y songe, cette affirmation est extraordinaire : Dieu, par son Esprit, choisit de demeurer dans nos vies. C'est la bonne nouvelle de l’Évangile : la communion redevenue possible, en Christ, entre Dieu et l'homme. Demeurez en moi comme je demeure en vous (Jn 15,4), nous dit Jésus. La prière est un moment privilégié pour en prendre conscience.

En fait, tout notre salut est là : la vie éternelle commence dans cette réalité qu'est l'existence humaine dans la communion avec Dieu. Le Temple de Jérusalem, lieu de la présence de Dieu au milieu de son peuple dans l'Ancien Testament, est devenu inutile. Christ vit en moi! (Ga 2,20)

Le privilège du chrétien est de le savoir. Par la foi, il a reconnu cette présence du Christ au cœur de sa vie. Il n'est pas possesseur de ce privilège. Jour après jour, il le découvre comme un don. Paul n'en parle pas aux Corinthiens pour leur donner un motif supplémentaire d'orgueil. Beaucoup parmi eux ont déjà suffisamment tendance à se croire supérieurs aux autres ! Paul en parle au contraire pour les inciter à s'aimer davantage, en tant qu'enfants de Dieu, en tant que créatures appelées à faire briller la lumière de son Esprit.

Vous êtes le temple de Dieu et l'Esprit de Dieu habite en vous… Tout est dit ici pour exprimer le sens de l’existence d'une Église. Il arrive que Paul utilise cette image du temple dans un sens individuel. Ici, elle est prise dans un sens collectif. Chaque chrétien est individuellement habitation de Dieu ; à plus forte raison, la communauté des enfants de Dieu devient son Corps, sa demeure avec les hommes (Ap 21,3). Si l'Esprit m'habite, il entre aussi en relation avec moi par sa présence dans la vie de mon frère. Au sein d'une communauté, un manque d'écoute risque d'étouffer sa voix. Un manque d'amour s'oppose à la présence de Dieu dans ma vie et dans celle de mon frère. Paul nous met en garde : par nos divisions, par notre orgueil, par nos rivalités, nous risquons de détruire le temple de Dieu (1Co 3,17).

Les fissures fragilisent un édifice. L’Église, en tant que communauté humaine, connaîtra ces fissures probablement jusqu'à la venue définitive du Royaume de Dieu. Elle a pourtant traversé et elle traversera encore les siècles de l'histoire. Ses crises, passagères, ne devraient pas nous effrayer ! Chaque Église est à Christ et Christ est à Dieu. (v.23) Gardons joyeusement, dans la reconnaissance, l'assurance de cette appartenance, de cette communion, dans l'amour de Dieu.

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