White clouds in a blue sky

Une boutique aux cieux

par George MacDonald

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  • armel

    gloire soit au seigneur qui peut faire de telles merveilles

  • guy roger

    g croit qu'il est possible de vivre ainsi sur terre en se qui me concerne g vè fer de mon mieux.

« Et maintenant, me dit mon guide, je vous amène à la ville des justes pour vous montrer comment ils achètent et vendent dans le royaume des cieux ».

Alors, nous voyagions longtemps et j'étais fatigué avant notre arrivée. Après avoir rafraîchi mon âme, mon conducteur me conduisit dans une grande place que nous pourrions appeler un magasin ici, bien que les installations fussent différentes et un air de majesté demeurât dedans et autour de l'endroit. C'était rempli des plus belles soies et laines, de toutes sortes et de toutes les couleurs — de mille plaisirs.

Je me tenais au milieu de la place dans le silence, regardant ceux qui achetaient et vendaient. Sur les visages de ceux qui vendaient je ne voyais que des expressions d'une satisfaction calme et concentrée. Dès qu'un acheteur fut content, ils tournaient gracieusement à un autre et écoutaient jusqu'à ce qu'ils comprenaient parfaitement ce qu'il venait chercher. Et une fois qu'ils avaient fourni ce que le client voulait, un air de satisfaction resta sur leurs visages, comme s'ils avaient eu un grand succès.

Quand je me retournai pour regarder les visages de ceux qui avaient acheté, je vis là aussi une complète humilité — pourtant ce n'était pas l'humilité de chercher une faveur, puisqu'avec leur humilité se mêlait la confiance totale de recevoir tout ce qu'ils cherchaient. C'était vraiment un plaisir de voir comment tout le monde savait ce qu'il voulait, puis faisait son choix sans hésiter et avec résolution. Je m'aperçus aussi que chacun ne parlait pas seulement avec respect, mais avec reconnaissance à celui qui le servait. Et aux salutations et adieux gracieux, je me demandais comment tous ces habitants de cette ville immense se connaissaient. Mais je vis tout de suite qu'il ne surgissait pas d'une connaissance individuelle, mais d'un amour universel.

Et comme je restais pour regarder, tout à coup il vint à mon esprit que je n'avais pas encore vu passer une seule pièce d'argent. Alors je commençai à regarder de près ceux qui achetaient. Une certaine femme sélectionna une grande quantité de soie, mais quand elle eut fait son achat, elle le prit tout simplement dans ses bras et sortit de la boutique sans payer. Alors je me tournai pour regarder un autre, mais quand il sortit avec ses biens il ne versa pas d'argent non plus.

Je me dis, ces derniers doivent être des personnes bien connues qui font le commerce souvent ici. Le commerçant les connaît et remet leur paiement à plus tard. Alors je me tournai vers un autre, mais il ne paya pas non plus ! Puis je commençai à remarquer que ceux qui vendaient n'écrivaient rien vis-à-vis chaque vente. Ils n'enregistraient rien de chaque achat ni ne gardaient aucun bilan de ce qui leur était dû.

Alors je me tournai vers mon guide et dis : « Que c'est beau cette honnêteté. Je vois que chaque homme et chaque femme garde la trace de ses propres dettes dans son esprit afin que le temps ne soit pas gaspillé dans le paiement de petites sommes ou dans la tenue des comptes. Mais ceux qui achètent calculent l'addition de leurs achats, et sans doute lorsque le jour pour payer arrive, ils reviennent chacun payer le commerçant ce qui est dû, et tous deux sont satisfaits ».

Ensuite, mon conducteur sourit et dit : « Regardez un peu plus longtemps ».

Et je fis ce qu'il dit, me redressant pour regarder. Et la même chose se passait partout. Tout à coup, à côté de moi, un homme tomba à genoux et baissa la tête. Et il y eut un bruit de tonnerre doux, et tout le monde à l'endroit tomba sur ses genoux et étendit ses mains devant lui. Toutes les voix et tous les bruits se turent, et tout mouvement cessa.

Puis je chuchotai tout bas à son oreille : « C'est l'heure de la prière ; ne devons-nous pas nous mettre à genoux aussi ?

Et mon guide répondit : « Personne dans la ville ne se met à genoux seulement parce qu'un autre le fait, et personne n'est jugé de ne pas s'agenouiller ».

Pendant quelques instants, tout était absolument calme — chaque homme et chaque femme fut à genoux, les mains tendues, sauf celui qui est tombé d'abord à genoux, et ses mains furent accrochées à ses côtés et sa tête encore penchée vers la terre. Enfin il se leva, et son visage était mouillé de larmes, et tous les autres se levèrent aussi. L'homme s'inclina vers ceux qui l'entouraient, geste qu'ils retournèrent avec révérence, et puis, les yeux baissés, il quitta lentement la boutique. Au moment où il avait disparu de l'entreprise les affaires de l'endroit recommencèrent comme avant.

Je sortis, finalement, avec mon guide et nous nous assîmes sous un arbre sur la rive d'un ruisseau tranquille et je commençai à lui poser des questions.

« Dites-moi, monsieur, lui dis-je, la signification de ce que je viens de voir. Je ne comprends pas encore comment ces gens heureux font leurs affaires sans passer une seule pièce d'argent ».

Et il répondit : « Là où la cupidité et l'ambition et l'amour-propre règnent, il doit y avoir de l'argent ; là où il n'y a ni ambition ni cupidité ni amour-propre, l'argent est inutile ».

Et je demandai : « Est-ce par le troc qu'ils vaquent à leurs affaires ? Car je ne voyais pas d'échange d'aucune sorte ».

« Non, répondit mon guide, si vous étiez allé dans n'importe quel magasin dans la ville, vous auriez vu la même chose. En l'absence de la cupidité, l'ambition et l'égoïsme, le besoin et le désir peuvent avoir libre cours, car ils peuvent œuvrer sans mal. Ici, les hommes peuvent donner librement à quiconque lui demande sans penser à une rémunération, parce que tous ses propres besoins seront également fournis par d'autres. En donnant, chacun reçoit également.

» Il n'y a aucun avantage à gagner ou à rechercher. Le seul désir est de servir d'avantage. Ce monde est contraire à votre monde. Tout ici est à l'envers. L'homme ici qui fait le plus grand service, qui aide les autres le plus de réaliser leurs désirs honnêtes, cet homme a la plus haute estime du Seigneur du domaine, et sa grande récompense et honneur est de pouvoir s'adonner encore plus pour le bien de ses semblables.

» Il y a même une rumeur parmi nous maintenant qu'avant longtemps l'un de nous sera en mesure de porter un message du Roi aux esprits emprisonnés. C'est en effet une forte motivation d'attiser la pensée et l'énergie pour trouver des choses qui serviront et nourriront nos prochains, qui plairont à leurs yeux et égayeront leurs esprits et réjouiront leurs cœurs. Alors, quand un homme demande : “Donnez-moi, mon ami, de vos pains”, le boulanger ou commerçant peut répondre : “Prenez-en, mon ami, autant qu'il vous en faut”. C'est en effet un motif puissant vers la diligence. C'est beaucoup plus fort que le désir d'amasser ou de triompher ou d'accumuler des richesses éphémères.

» Quelle motivation est plus grande que celle de partager le bonheur du Dieu qui n'amasse rien, mais qui donne toujours généreusement ? La joie d'un homme ici est de donner ce qu'il fait, pour faire plaisir au cœur d'un autre et, ce faisant, de croître. Cette doctrine semble étrange et incroyable pour l'homme dans lequel la source de vie est encore scellée. Il n'y en a jamais eu beaucoup à la fois dans le vieux monde qui pourrait ainsi entrer dans la joie de leur Seigneur. Certes, vous en connaissez quelques-uns dans votre monde qui le sont dans leur cœur, et qui consentiraient volontiers à n'être rien, afin de ranimer leurs semblables. Dans cette ville il en est ainsi avec tout le monde ».

Et je dis, « Dites-moi une chose : combien peut un homme réclamer ?

— Ce qu'il veut. Ce qu'il peut bien utiliser.

— Et s'il devrait se tourner vers la cupidité et commencer à accumuler ?

— N'avez-vous pas vu aujourd'hui l'homme à cause de qui toutes les affaires ont cessé pour un temps ? A cet homme est venue la pensée d’accumuler, au lieu de croître, et il tomba à genoux dans la honte et la terreur. Et vous avez vu comment toutes les affaires se sont immédiatement arrêtées et que le magasin est devenu sur le champ ce qu'on appelle là-dessous une église. Car tout le monde s'empressait d'aider le pauvre homme. L'air était rempli de prière et l'atmosphère des âmes pieuse l'entourait ; la pensée immonde s'est enfuie et l'homme s'en est allé heureux et humble, et demain il sera de retour pour ce dont il avait besoin. Si vous y assistiez, alors, vous le verriez d'autant plus tendrement servi.

— Maintenant, je crois savoir et comprendre, mais cela ne pourrait pas se réaliser dans le vieux monde, lui répondis-je.

— Douter qu'il puisse se produire, serait de mettre en doute si le royaume des cieux est une folle chimère ou une idée divine ».

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