Morning over the bay

Trouver ce quelqu'un de spécial

Un survivant revisite l’entreprise d'amour

par Charles Moore

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Pam fut ma première petite amie réelle. Elle avait les cheveux longs, blonds, ondulés et un nez de lutin. Elle était pleine d'entrain et toujours semblait avoir une foule d'amis autour d'elle. Quel moment spécial quand j'ai montré la photo de Pam à ma famille. Il y avait bien des « oh-là-là » de mon père et mes frères ! J'avais sept ans.

Tant que j'essayais, il fallut encore six ans avant que je n'aie une autre copine à moi. A ce moment, j'avais de sérieux doutes de moi-même. Sans une petite amie je ne me sentais jamais assez « cool ». Mais à la fin de la sixième année d'école mon anxiété enfin se dissipa. Un jour à la récréation, je me suis ressaisi, et j'ai donné mon collier de Saint-Christophe à une fille que je croyais m'aimait vraiment. Je me souviens encore comment Laura le mit autour du cou — sa façon de dire : « Oui, je t'appartiens ». Une semaine à peine après le début de l'été, j'ai reçu mon collier dans une enveloppe par la poste. Pas de note, mais un message emphatique. J'étais dévasté.

A sept ans, je divisais déjà le monde en termes de copain et copine. Je me suis approché de l'autre sexe comme un objet potentiel de conquête. J'étais loin de m'en douter à quel point je me couperais de notre humanité partagée.

La litanie des amours perdus dans ma vie continua tout au long de l'école secondaire et de l'université — une histoire typique de chercher, essayer, goûter, puis de passer. La plupart d'entre nous avons éprouvé la formation puis la dissolution de nombreuses « relations spéciales ». Nous avons chassé le vent de romantisme, souvent avec une vengeance, et avons supposé que la chasse n'était qu'une partie de la vie, une partie de ce que signifie être homme ou femme, qui fait partie de la croissance.

Être « branché » n'est pas une coutume sociale inoffensive. Par sa nature, former un couple vise à acquérir l'intimité sans sacrifice, et la relation sans engagement, ce qui réduit l'art, la lutte, et la discipline de connaître et soigner une autre personne à une activité rituelle de constitution et dissolution.

Hors du contexte d'un engagement durable, la formation du couple engendre une exclusivité qui nous sépare de la famille et des amis. Elle favorise des relations auto-gratifiantes en donnant trop d'importance au physique et émotionnel, à l'exclusion du spirituel. Quand il s'agit d'une relation sexuelle, elle peut laisser une conscience si lourdement chargée qu'il faut des années pour la guérir. Elle crée des jalousies anormales et des identités dysfonctionnelles, proscrivant une entente qui est naturelle, libre et saine. Pire que tout, elle nous enseigne l'art d'imposture, de fausses impressions et de promesses non tenues, sapant ainsi la base même qui assure une relation heureuse avec une autre personne pour la vie.

Le concept actuel de relations entre homme et femme dans notre société, avec son syndrome de relativisme, est déshumanisant. Il réduit l'autre au stade d'option ou non-option, de chaud ou pas chaud. Par conséquent, de moins en moins d'entre nous savent comment être sincères avec le sexe opposé. Plutôt, nous nous profitons tout simplement l'un de l'autre ou bien nous idéalisons l'autre, si bien que nous nous trouvons soit perpétuellement déçus soit tout à fait complexés de révéler notre vraie personne. La pression de jouer un rôle et maintenir une image dans le processus de trouver ou être le « partenaire parfait » est tellement immense que nous baissons rarement, sinon jamais, notre garde.

Alors pourquoi est-ce que l'accouplement est si répandu dans notre culture? Il s'explique en partie par un groupe de mythes que nous détenons sur l'amour et la romance. Nous croyons que le bonheur se base sur une relation émotionnellement motivée et sexuellement active. Nous pensons que notre bien-être, et même notre valeur, est le résultat de notre possession d'un autre ou si nous sommes possédés par un autre. Si seulement j'avais ce quelqu'un de spécial, ma vie serait satisfaite !

Ce quelqu'un de spécial, cependant, n'est guère plus qu'un espace réservé pour un certain sentiment — une émotion viscérale qui a peu à voir avec notre désir le plus profond. Que ce sentiment dure ou non est moins important que le fait qu'il existe. C'est le sentiment, pas l'autre personne qui compte vraiment. En ce sens, l'amour est « aveugle ». A quel niveau deux personnes se connaissent n'a pas autant d'importance que s'ils « se sentent bien » ensembles ou non.

Savoir si on se sent bien ensemble, selon cette conception populaire de l'amour, ne peut pas être contrôlé en grande partie. Ce genre d'amour, comme par magie, se produit par lui-même ; il nous remporte dans un flux océanique irrésistible. Ce n'est limité ni par le devoir ni par la volonté. Ce genre d'amour est censé faciliter, ou au moins favoriser, d'être avec une autre personne.

Mais rien de tout cela n’a beaucoup à voir avec le véritable amour. L'amour de Dieu, dont l'amour conjugal n'est qu'un symbole, est inconditionnel — il est durable, fidèle, indulgent, et engagé. Il ne s'agit pas d'une expérience ou un sentiment, ni même sur la dynamique de la relation, mais d'une manière d'être, une façon de donner. Le mariage et la famille doivent être construits sur un amour qui est ancré non dans ce qui est immédiat et éphémère, mais dans ce qui est durable et inébranlable.

Aimer quelqu'un est une tâche difficile, non pas parce que c'est un devoir, mais parce que cela exige que nous entrions dans la bataille entre le bien et le mal qui se trouve en chacun de nous, et que nous cherchions à vaincre le mal par le bien. En bref, l'amour nous oblige à considérer les besoins de l'autre personne avant les nôtres.

Comment donc devraient les jeunes entretenir des relations saines les uns avec les autres ? J'ai trouvé qu'il faut des parents et des amis qui travaillent ensemble. Dans la communauté dont je fais partie, sortir ensemble et former des couples ne sont pas permis. Au lieu de cela, les jeunes ont la possibilité d'échanges positifs et naturels dans les milieux quotidiens du travail, des jeux, de détente, de chanter ensemble, de célébrer et passer du temps l'un avec l'autre dans des milieux familiaux.

Plus important encore, ils sont enseignés et rappelés que le Christ — non pas la romance, ni le mariage — doit être au centre de toute relation. A cette fin, ils reçoivent la direction spirituelle de leurs parents et pasteurs. Sans cela, il est extrêmement difficile pour deux personnes qui essaient d'établir une relation de garder leurs priorités. Ce n'est que lorsque deux personnes — et ceux qui les conseillent — se sentent que c'est Dieu qui les rapproche l'un à l'autre qu'ils seront prêts à chercher le mariage.

En rejetant la pratique courante de former des couples et en la remplaçant par une communauté d'entraide, le besoin d'un ou d'une compagne peux s'accomplir, les tentations lascives peuvent être tempérées, et la lutte contre l'isolement peut être gagnée pour chaque personne. Garçons et filles, jeunes hommes et femmes peuvent s'entendre naturellement, sans être manœuvrés par des adultes et sans que chacun doive être guetté constamment. On peut leur donner le temps de mûrir et d'acquérir une identité sexuelle saine sans devoir être performants et sans gaspiller ce qui est réservé pour le mariage. Et si la lutte contre la superficialité et la tentation sexuelle reste toujours, elle n'a pas besoins de les étouffer ou de les engloutir dans un cycle affolant des amours perdus. Si et quand le moment vient, ils seront prêts pour ce quelqu'un de spécial. Ils seront prêts à devenir un — pas deux individus, mais une unité pour la vie.

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